Article publié dans Psychologies Magazine (France)

Offrir ses talents à l'étranger

Ne l'appelez pas touriste! Il voyage en 'volontaire'. Il part, pendant ses vacances ou sur son temps libre, quinze jours ou six mois à la rencontre d'une culture étrangère.

Mais il part en "twaming" (anglicisme créé par le site Internet Travel with a mission) en "volontourisme" (avec une agence de voyages), en "congé solidaire" (appellation déposée par l'association Planète Urgence) ou en congé de solidarité internationale (CSI). Sa mission ? Transmettre ses compétences ou sa passion au Bénin ou au Népal, à la demande des structures locales : associations. Ecoles, coopératives d'artisans... Un travail à temps plein, quitte à prolonger son séjour par une semaine de farniente ; ou ponctuel, au fil d'un circuit itinérant. Epauler la création d'une radio communautaire, faire du soutien scolaire, former des professeurs en bureautique, donner des conférences sur les énergies alternatives... Inutile, souvent, d’être un professionnel : ce voyage humaniste réclame pour seul bagage l'envie d’aider. 

Un échange d'intérêts. « Ce dispositif valorise le savoir du volontaire et en fait le héros du voyage », met en garde Bernard Schéou, économiste et spécialiste du tourisme solidaire. Une position d'échange asymétrique propice aux dérives, notamment dans le contexte commercial du volontourisme, fort controversé. « Pour rétablir l'équilibre, il faut avoir du temps, être dans le partage et l'écoute de l'autre. Il s'agit de montrer comment vivre avec ses connaissances pour que la population locale se les approprie », explique-t-il. Plus qu'une aide, l'expérience s'inscrit alors dans un esprit de coopération, où chacun s'enrichit du savoir-faire de l'autre. Et de son savoir-être.

Une quête de sens. « Ce voyage peut aider à nourrir le sentiment d'utilité inhérent au désir de travail », selon Roland Guinchard, psychanalyste et consultant sur l'identité professionnelle. Cela se construit sur un « rêve mégalomane » (un idéal du style « quand je serai grand, je sauverai des vies ») et un « fantasme du labeur» (se confronter aux difficultés justifie de continuer à travailler). « Alors que notre Vieux Continent s'essouffle et a du mal à rêver, offrir ses compétences sous d'autres latitudes peut redonner du sens au travail », défend-il.

Une trace de soi. « Tout comme l'amour, le travail est une pulsion qui a besoin de s'exprimer et de s'imprimer », ajoute le psychanalyste. En expliquant à l'étranger ce qu'il a appris chez lui, le volontaire « le rend visible ailleurs ». Un accomplissement de soi qui, souvent, modifie nos valeurs et met au jour de nouvelles qualités... et, parfois, une vocation professionnelle dans l'humanitaire !

 

Rédacteur : Agnès Rogelet

Source : Psychologies Magazine (France)

Date de publication : 27/08/2013

id :

md :

cpt :