Article publié dans La Provence (France)

Voyage en terre artistique inconnue pour Karine

« C’est de loin l’expérience qui aura donné le plus de sens à ma vie ces dernières années », reconnait sans détours Karine Dubois. La charge émotionnelle est forte quand elle raconte sa mission à Haïti. Elle revient en effet de quinze jours à Jacmel, où elle a effectué 'un Congé Solidaire' afin d’enseigner l’art au sein d’une association d’artistes haïtiens, l’OADIEH.

« Prendre sur son temps et sur ses deniers c’est déjà tout un concept que peu de gens connaissent, même bien préparée à apporter mes connaissances et remplie de mes bonnes intentions, on ne peut pas imaginer l’aventure humaine qui nous attend », poursuit celle qui était pourtant déjà en piste sur le chemin de l’humanitaire avec une participation au Trophée de la Roses des Sables en 2012.

En Haïti, Karine est partie avec l’ONG Planète Urgence. En 2000, cette association reconnue d’utilité publique a mis au point le concept du Congé Solidaire, des missions gérées et encadrées par l’ONG, financées par l’employeur ou sous forme de don à l’association. Sans être un professionnel de la solidarité ou de l’aide au développement, chacun possède une compétence, un savoir faire professionnel qui après une formation succincte mais complète permet au candidat d’intervenir dans le pays concerné selon son domaine de prédilection.

L’Eguillenne avait, elle, misé sur son diplôme de l’enseignement supérieur en art contemporain et en médiation culturelle et son parcours professionnel atypique – elle a créé Be OH !, un concept des ventes éphémères basé sur le commerce équitable. L’apport de la chargée de mission, a donc été de renforcer la compétence dans le domaine de l’art, et cela sans internet, sans mail, sans flyer, « c’est pour cela que les artistes ne comptent que sur les structures internationales qui les aident à travailler ensemble ».

Vaudou et choc des perspectives

« L’idée pour moi a tout de suite été d’organiser en fin de séjour une exposition et un vernissage pour tous les artistes de l’OADIEH, chacun apportant une toile illustrant le mieux son travail », raconte Karine. Ce qui s’impose naturellement à n’importe quelle association d’artistes en France, s’est avéré d’emblée quasiment irréalisable tant l’individualisme est encré en eux, une peur immense du copiage, sur fond d’ancrage religieux et pratiques vaudous plus ou moins exprimée.

Karine qui venait délivrer un savoir dans le domaine de l’art a pu expérimenter toute la difficulté du in situ. Quinze jours c’est le temps qu’il aura fallu pour que chacun comprenne les enjeux et les arguments développés par l’Eguillenne. « J’étais là pour partager, pour que ça avance concrètement, les artistes ont compris que je voulais transmettre mon savoir-faire et la force du collectif a fait le reste. »

A l’arrivée, succès total et forte émotion chez les artistes qui ont tous amené une œuvre à exposer, vernissage, gâteaux, toute l’association mobilisée pour un projet commun : « une première victoire vis-à-vis des regards extérieurs et une fierté d’artiste rehaussée ».

 

Rédacteur : E.S.

Source : La Provence (France)

Date de publication : 24/04/2014

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