Article publié dans Management (France)

Management : Outplacement solidaire, une parenthèse utile

En attendant de retrouver un poste, des cadres au chômage choisissent de se rendre utiles en partant au bout du monde aider des ONG.

Lorsque Béatrice Roux a été licenciée, elle a négocié - comme beaucoup de cadres- un outplacement pour effectuer un bilan de compétences, travailler son CV et bénéficier d'une aide à la recherche d'emploi. Cette ex-directrice marketing a choisi de le faire avec le cabinet Oasys: « Ils offraient la possibilité de partir quinze jours à l'étranger mener une action de solidarité. Je n'avais pas d'inquiétude pour retrouver un poste et j'avais envie de lever le pied pour donner un peu de mon temps à d'autres. » Et voilà Béatrice volontaire pour partir à Pondichéry, en Inde, collaborer avec Sharana, une ONG qui aide les femmes et les adolescents vivant dans la rue à retrouver le chemin de l'école ou de l'emploi : « Sharana s'était lancée dans la culture de la spiruline. J'ai pu transmettre à ses membres quelques techniques marketing afin qu'ils développent les ventes de l'algue. »

Projets valorisants

Pas de plongée dans des pays en guerre pour les cadres bénévoles. Ils partent en mission de manière très sécurisée : briefés avant leur départ, ils bénéficient ensuite de la présence de correspondants sur place. Cette coupure de deux semaines est censée les aider, selon leur situation, à retrouver confiance en eux ou simplement à réfléchir. « Au début d'un accompagnement en outplacement, cette expérience permet aux volontaires de tourner la page de leur ancien poste, mais aussi de s'interroger sur ce qu'ils aiment et sur ce qu'ils veulent faire ensuite », explique Thomas Chatillon, l'un des directeurs du cabinet Oasys. Et puis les cadres qui s'engagent ne se sentent plus « au chômage » : ils sont actifs et mobilisés autour d'un projet positif et valorisant. Près de 400 missions sont proposées par le cabinet, en partenariat avec l'association Planète Urgence. « Une fois les candidats sélectionnés, nous les formons pendant deux jours aux codes culturels du pays, aux consignes de sécurité... tout ce qui peut faciliter leur action, explique Muriel Roy, responsable des partenariats pour l'association. Et nous sommes très clairs sur un point : il s'agit, pour les bénévoles, d'apporter de la matière grise afin de rendre les gens autonomes dans leur travail. » Peu importe si les missions sont éloignées de l'ancien métier. L'essentiel est d'avoir des compétences (personnelles ou professionnelles), de l'énergie et l'envie de transmettre. Didier Ricaud, ancien cadre dirigeant au sein du groupe Yves Rocher, est, pour sa part, resté dans son champ d'expertise professionnelle en choisissant d'épauler une ONG cambodgienne qui souhaitait diversifier son financement. « Quelques mois auparavant, un autre volontaire avait établi un état des lieux, raconte-t-il. A partir de là, j'ai organisé des séances de brainstorming avec les dirigeants pour faire émerger des idées. Aujourd'hui, L'ONG partage ses locaux avec une autre structure, ce qui lui a fait économiser 30% en frais fixes. Et elle travaille à l'installation d'un système de purification de l'eau pour la vendre en bouteille à des guesthouses. » Le travail engagé par Didier a depuis été poursuivi par un autre bénévole.

Investissement financier

Partir en mission implique certains efforts. Et un coût (1850 euros, auxquels il faut ajouter le prix du billet d'avion) supporté soit par le cadre, soit par l'ex-employeur. Dans ce cas, l'entreprise fait un don de 2 500 euros à Planète Urgence. « Cette somme est défiscalisable à 60%, et cela ne revient donc plus qu'à 900 euros [note de Planète Urgence : 1 000 euros] après impôts, précise Thomas Chatillon. Malgré cet avantage, certaines sociétés rechignent toujours à participer. » L'investissement financier peut constituer un frein au dispositif, mais ce n'est pas le seul. Annoncer à sa famille qu'on part quinze jours au bout du monde alors qu'on vient de perdre son job ne tombe pas sous le sens. Même si les missions n'ont rien à voir avec des vacances...

Confiance et estime de soi

La plupart de ceux qui ont tenté l'aventure en reviennent très enthousiastes. Au-delà de l'enrichissement humain, du sens qu'ils ont pu donner à leur action - alors que leur travail en manquait parfois cruellement -, le bénévolatre présente en outre une expérience valorisée dans leur CV. « J'ai pu faire un point sur mes connaissances et retrouver les raisons pour lesquelles j'aimais profondément mon métier. Et puis cet engagement booste l'estime de soi », confie Béatrice Roux en souriant. Deux mois après son retour, elle a décroché un nouveau job. « Depuis, analyse-t-elle, j'ai un rapport plus distancié et plus harmonieux à mon travail. » Il n'est pas rare que les bénévoles à nouveau en poste poursuivent les actions entreprises avec les ONG, sous forme de congés solidaires cette fois. Lancé par Planète Urgence en 2000, le concept a déjà séduit plus de 7 500 personnes, des salariés de Natixis, KPMG, EDF ou Mazars. La moitié ont obtenu le soutien de leur employeur.

 

Rédacteur : Sophie Noucher

Source : Management (France)

Date de publication : 19/04/2017