Témoignage de l'équipe : « En dix jours, les volontaires relèvent de nombreux défis ! »

Déléguée terrain à Lima, Deborah Hellequin a rejoint Planète Urgence en 2013. Cette même année marque la création de la délégation de Planète Urgence en Amérique Latine, une délégation qu’elle a largement contribué à structurer. Aujourd’hui, elle nous parle de ses activités sur le terrain, de sa collaboration avec Kathia – notre nouvelle responsable programme Amérique Latine au siège – et de son quotidien au jour le jour.

Planète Urgence (P.U.) : Déborah, peux-tu nous expliquer avec quels types de structures travailles-tu localement ?

Déborah Hellequin (D.H.) : Je travaille surtout avec des petites associations locales péruviennes et équatoriennes. Nos associations partenaires œuvrent dans les domaines de l'inclusion sociale, ce qui comprend des projets d'entreprenariat, notamment pour les femmes et enfants des rues,  les personnes en situation de handicap ou encore le développement agricole en lien étroit avec des communautés en situation d’extrême pauvreté dans les Andes au Pérou. 

Enfin, nous travaillons pour la resocialisation et le respect de la dignité humaine. Pour ce faire, nous intervenons auprès des détenus masculins dans deux des plus grandes prisons du Pérou, ainsi qu’en Equateur, et en pleine Amazonie, sur des projets de biodiversité et de conservation de la faune et de la flore. 

P.U. : Sur le terrain, quelle est ta mission ? Ta « journée type » ? 

D.H. : Sur le terrain, je suis basée à Lima, et je travaille principalement à domicile. Je suis chargée de veiller au bon fonctionnement de la délégation. J’effectue de la prospection de partenaires locaux, des visites sur le terrain et du montage de projets avec les partenaires de Planète Urgence. Je suis également chargée de suivre les volontaires qui partent en mission, et la bonne réalisation des objectifs qui leurs sont fixés. Une à deux fois par an, je pars pendant une dizaine de jours en mission afin de développer de nouveaux partenariats dans des zones plus reculées du Pérou. 

P.U. : Comment s’opère le choix de collaborer avec un partenaire terrain ? 

D.H. : Le partenaire est choisi en fonction de sa capacité à recevoir des volontaires, à pouvoir les accueillir, les suivre et gérer le bon déroulement des projets. En effet, toutes les associations ne sont pas structurées et bien organisées. Il est donc essentiel de créer de bonnes relations avec elles et d’apprendre à connaitre en amont la structure et ses responsables avant de mettre en place des projets. 

Par ailleurs, l’aspect technique est aussi pris en compte. J’effectue une pré-évaluation de leur historique et de leurs projets afin de comprendre leur fonctionnement et lister leurs réalisations dans le temps. Cela me permet de voir si c’est une association qui fonctionne ou non. 

Enfin, nous intervenons pour favoriser l’autonomie des populations locales. Nous n’avons pas pour vocation de  nous substituer aux acteurs locaux. C’est un aspect essentiel  à prendre en compte avant de créer un partenariat et mettre en place une mission de Congé Solidaire®. 

P.U. : Comment travailles-tu avec Kathia, responsable de programme en charge de l’Amérique Latine située au siège à Montreuil ? 

D.H. Nous avons des échanges réguliers, environ une à deux fois par semaine. En cas d'urgence, nous utilisons l’application Smartphone Whatsapp! 

Nous travaillons ensemble sur tous les aspects de la gestion de la délégation en Amérique Latine. Kathia, basée à Paris, me transmet les attentes et les objectifs hebdomadaires du siège qui sont de natures différentes : actualités sur les ressources humaines, les nouveaux projets, les candidatures des volontaires, mais également le suivi du retour des volontaires etc. 

Sur le terrain, je me charge de partager mes avancées hebdomadaires et de l’informer sur mes relations avec les partenaires et mes pistes de travail. Nous échangeons aussi sur la situation géopolitique et sécuritaire du pays : climat, incidents, politique... 

P.U. : Quel est ton souvenir le plus marquant avec un volontaire ? 

D.H. : Je me souviens de Chiara Indelicato, volontaire italienne bilingue qui est intervenue pour la première fois dans une communauté indigène d'Amazonie à la frontière entre le Brésil, la Bolivie et le Pérou. Sa mission était de former à de nouvelles techniques de design artisanal à destination de la communauté. C’est la première fois que la communauté recevait une volontaire. 

J'en ai un super souvenir car j'ai accompagné Chiara pendant la durée de sa mission. J'ai découvert une personne généreuse, professionnelle et déterminée qui est parvenue à s’adapter à un cadre complexe. En dix jours, elle a relevé de nombreux défis : acclimatation à un contexte de jungle amazonienne avec tout ce que cela implique (pluies torrentielles, longs trajets, insectes, chaleur), familiarisation avec une communauté indigène traditionnelle, et grâce à un travail soutenu chaque soir en rentrant de la communauté, elle a réussi à accomplir les objectifs de sa mission. Elle est même revenue un an après, sur la même mission, pour continuer à travailler avec les membres de la communauté ! 

Grâce à Chiara, entre autres, la communauté a développé une nouvelle ligne de produits artisanaux (tissus, et bijoux). 

P.U. : Selon vous, quelles ont été les plus belles réalisations de missions ?

D.H. : Cette mission réalisée par Chiara est un exemple de belle mission. Je me souviens aussi de notre partenaire équatorien la Fondation Sumac Muyu que j'ai rencontré à Quito en 2014, lorsque je menais des prospections en Equateur. Avant la création du partenariat avec Planète Urgence, ils ne recevaient presque aucun volontaire (une moyenne de 6 par an). 

Aujourd’hui  ils reçoivent des groupes de 3 à 5 personnes presque tous les mois, autour de la protection de la biodiversité, en mission de suivi de la faune et de l’avifaune dans la Réserve du Rio Bigal en Amazonie Équatorienne. 

Depuis, ils ont pu améliorer leur travail de conservation de la réserve. Ils s’apprêtent d’ailleurs à protéger plus d’hectares de forêts !  Je pense aussi à notre partenaire Allin Kawsay qui travaille à Sicuani dans la région de Cusco, et qui a reçu Evelyne, volontaire en 2016 pour former l’équipe d’Allin Kawsay à l’élaboration et au montage de vidéos de sensibilisation à destination des populations en difficulté. 

La mission a été un véritable succès ! Après la mission, l'association s'est rendue compte de ses lacunes dans le domaine et a décidé de se faire aider en embauchant un spécialiste en audiovisuel. 

Depuis, nous sommes en train de préparer de nouvelles missions en communication pour l’Association afin de perfectionner le travail du nouvel intégrant. 

P.U. : Selon toi, en quoi le Congé Solidaire® constitue t-il un concept original d’engagement ? 

D.H. : Je pense que tant pour le volontaire que pour le partenaire c'est un concept original car en peu de temps ils doivent à la fois: - créer des relations personnelles et professionnelles - s'adapter au partenaire et aux bénéficiaires - réussir à accomplir les objectifs fixés par la mission. 

C'est également un engagement car le volontaire est propulsé en un temps record dans un monde complètement différent du sien et doit parvenir à s'adapter. C'est une expérience magique ! 

J'ai notamment pu le voir avec les volontaires que j'ai côtoyés personnellement, comme Virginie qui est intervenue avec Mano a Mano ou alors les volontaires partis avec Sumac Muyu qui continuent à aider Tierry, le Directeur à distance.  

P.U. : Depuis le début du partenariat avec l’Amérique Latine et Planète Urgence, comment évaluerais-tu les impacts des missions de Planète Urgence sur le terrain ? 

D.H. Les missions sont bien préparées en amont au siège avec la formation de préparation au départ et les partenaires sont aussi sensibilisés sur le terrain. Au début, les partenaires ont du mal à comprendre le fonctionnement de Planète Urgence car il sort du cadre classique du volontariat longue durée. 

Mais je me suis rendue compte que le fait que ce soit de courte durée, aide le partenaire à se propulser, à se rafraîchir et à créer de nouveaux objectifs dans le cadre d’un projet qui parfois peine à avancer. Nous avons reçu par exemple en 2017 deux volontaires pour aider une communauté en situation d’extrême pauvreté à la fabrication de fromage mature dans les Andes. 

Ce projet était « rêvé » par ALLPA  notre partenaire, depuis quelques années. Les deux volontaires ont créé de nouvelles attentes et ont motivé le partenaire ainsi que les bénéficiaires. A leur retour, les volontaires continuent leurs suivis à distance sans pour autant remplacer le personnel local. Cela les oblige à continuer de se former, tout en utilisant les connaissances acquises après mission. 

P.U. : Merci Déborah. Le mot de la fin ? 

D.H. Venez en Congé Solidaire® en prison au Pérou ! Les détenus ont besoin de vous, notamment en soutien en langue française pour préparer leur réinsertion! 

Plus d’information sur la mission en millieu carcéral 

 

Rédacteur : Agathe Boulanger

Source : Planète Urgence (France)

Date de publication : 22/06/2017

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