Article publié dans AGEFI Hebdo (France)

« Le Congé Solidaire permet souvent au salarié de gagner en compétences »

Rencontre avec... Muriel Roy, directrice des partenariats et du développement de Planète Urgence.

Agefi Hebdo : Les entreprises du secteur financier sont-elles impliquées dans Planète Urgence ?

Muriel Roy : Les entreprises de la banque, de l’assurance et de l’audit comptent parmi nos premiers partenaires, elles envoient une centaine de salariés en mission chaque année. Le principe du « congé solidaire » de Planète Urgence, qui permet à des salariés de s’engager pendant leurs congés, a été créé par un ancien de Médecins du Monde. L’idée lui est venue en constatant l’efficacité de trois salariés du secteur bancaire au cours d’une mission humanitaire.

Agefi Hebdo : Comment fonctionne ce partenariat ?

Muriel Roy : Les entreprises nous versent un don pour chaque mission, éligible au régime fiscal du mécénat. Leurs collaborateurs peuvent ensuite postuler à ces missions, qui s’effectueront durant deux semaines de congés payés. Environ 600 personnes partent chaque année dans 23 pays pour appuyer des associations locales de développement. Les missions portent sur le transfert de compétences, le champ socio-éducatif en et la biodiversité.

Agefi Hebdo : Qu’en attendent les entreprises ?

Muriel Roy : Le congé solidaire permet aux collaborateurs de vivre une première expérience solidaire à l’international. Cela peut être un plus pour attirer des jeunes diplômés. Les employeurs soulignent aussi que le congé solidaire permet souvent au salarié de gagner en compétences.

Les salariés engagés de la finance

Le secteur financier contribue activement aux actions solidaires dans le cadre de la responsabilité sociale des entreprises.

Girafes, éléphants, lions, vautours... En août 2014, durant deux semaines, au coeur de deux parcs naturels au Zimbabwe, Milena Valbuena a recensé les animaux sauvages menacés d’extinction. Une mission menée pour le compte d’une association locale de défense de la biodiversité et pleine de sens pour la jeune femme de 33 ans, engagée depuis longtemps dans la protection des animaux. Elle est contrôleur interne au département conformité-sécurité financière de Natixis depuis quatre ans. « Je cherchais une mission en rapport avec les animaux sauvages en Afrique. Des associations d’écotourisme en proposaient mais pour un coût élevé et sans que je puisse être sûre de participer réellement à la protection de la biodiversité, raconte cette ancienne avocate au sein de la Douane en Colombie. Lorsque j’ai trouvé cette mission par le biais de mon employeur, j’ai tout de suite postulé. » Natixis propose chaque année depuis quatre ans entre quinze et vingt missions de solidarité internationale à ses collaborateurs, par le biais de son partenariat avec l’association Planète Urgence (lire l’entretien). Une coopération qui s’inscrit dans les démarches solidaires de la banque, qui est aussi partenaire de l’association d’aide à l’insertion aux jeunes diplômés « Nos quartiers ont du talent » et vient de lancer un programme de mécénat de compétences seniors.

Les acteurs du monde financier sont très présents dans le champ de la solidarité. Au-delà du soutien monétaire, le secteur met à profit le bon niveau académique de ses collaborateurs pour proposer du mécénat de compétences. Société Générale s’est ainsi engagée, dès son démarrage, aux côtés de Probonolab, un dispositif qui mobilise des professionnels volontaires pour conseiller des associations d’utilité sociale. La banque a aussi lancé en 2013 un programme d’éducation financière, en partenariat avec l’association de prévention du surendettement Cresus. « Un certain nombre de salariés se sentaient attaqués dans leur image de banquier et ont souhaité renverser la vapeur, endosser un rôle pédagogique, partager leurs connaissances en matière de gestion de budget », explique Cécile Jouenne-Lanne, directrice de la citoyenneté du groupe.

La crise et les scandales n’ont pas manqué d’écorner l’image du secteur financier ces dernières années. Si l’engagement solidaire de la plupart des entreprises est antérieur à 2008, il permet de remotiver les collaborateurs dans ce contexte nouveau. « J’attache de l’importance à ce que mon employeur s’engage dans des actions solidaires et m’encourage à y participer. Cela ne me conviendrait pas de travailler pour une entreprise qui poursuit uniquement des objectifs financiers », assure Jean-Baptiste Renaudin, responsable des crédits aux particuliers et assurances emprunteurs chez Société Générale. Depuis huit ans, il est parrain pour l’association « Nos quartiers ont du talent ». « Il s’agit de remotiver la jeune personne en recherche d’emploi. Parfois de l’aider à rédiger son CV, lui ouvrir son carnet d’adresses », explique cet homme de 45 ans qui a aussi rejoint le comité de sélection de la fondation du groupe, soutien des associations engagées dans l’insertion professionnelle.

Libérer du temps de travail

La recherche de sens est particulièrement importante pour les jeunes qui démarrent leur vie active. « Avoir un employeur qui s’engage par des actions concrètes permet de donner un supplément de sens au travail, dont les jeunes salariés sont très demandeurs », remarque Anne Pointet, 38 ans, responsable des agences de BNP Paribas du XVIe arrondissement de Paris. En décembre dernier, elle a organisé la déclinaison dans ces agences de l’opération nationale de l’enseigne, « Parlons coeur », en faveur d’associations solidaires.

« Ce sont les salariés qui ont manifesté leur envie de participer. Ils se sont beaucoup mobilisés durant un mois, ont organisé des collectes de vêtements et de jouets, ont donné leur sang, pour des associations. Nous avons décidé de poursuivre nos actions avec elles », poursuit Anne Pointet. Pour encourager l’engagement des salariés, les employeurs n’hésitent pas à leur libérer du temps de travail. Sébastien-Paul Dauphin, 29 ans, directeur de projets au sein des services financiers chez Roland Berger depuis quatre ans, a participé l’an dernier à la journée solidaire organisée par son employeur. Avec des collègues, il a retroussé ses manches pour réhabiliter en un jour un centre d’accueil de la Croix Rouge près de Versailles : changer la moquette, lessiver les murs, refaire les peintures… « Je me suis senti plus impliqué qu’en faisant simplement un don. D’autant que le résultat était tangible : après notre intervention, le centre était bien rénové. » Le jeune homme projette de s’investir bientôt dans Frateli, une association de parrainage d’étudiants boursiers du supérieur, soutenue par le cabinet de conseil. « Nous sommes souvent privilégiés dans notre secteur, nous avons beaucoup reçu. L’investissement solidaire est une façon de rendre un peu de cette richesse », explique-t-il.

Ces engagements permettent aussi de s’extraire de la routine professionnelle et parfois de mettre au jour de nouvelles envies. François Steelandt, 34 ans, concepteur-réalisateur à la Maif, est parti deux semaines avec Planète Urgence à Yaoundé au Cameroun en 2012. Il y a formé le personnel d’un petit musée d’histoire naturelle à la création et la gestion d’une base de données. « Je me suis découvert des compétences en formation et cela m’intéressera de les mettre en oeuvre un jour dans ma carrière », souligne-t-il. « En mission au Bénin, j’ai encadré six responsables d’ONG pour les aider à planifier leurs projets et décrocher des financements, témoigne Bernard Royer, 56 ans, responsable du domaine pilotage à la Maif, qui est lui aussi parti en mission avec Planète Urgence en 2013. Cela m’a permis d’exercer mes compétences dans un cadre totalement différent. Depuis mon retour, j’ai pris de la distance sur mon métier et j’essaie de prendre du recul face aux vraies urgences. »

 

Rédacteur : Coralie Donas

Source : AGEFI Hebdo (France)

Date de publication : 27/03/2015

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