Article publié dans La Nouvelle République (France)

La Nouvelle République : Mort du lion 'Cecil' : un Tourangeau témoigne

Albert Angéli s’investit depuis huit ans dans la défense de la faune sauvage dans le Hwange National Park où a été tué le lion emblématique.

A la frontière du Bostwana et de la Zambie, au nord est du Zimbabwe, le Hwange National Park est constamment menacé par les braconniers. Depuis huit ans, l’Amboisien Albert Angéli, DRH en retraite, effectue des missions avec l’ONG Planète urgence pour aider les ONG locales à protéger la faune, et plus particulièrement les espèces menacées comme les rhinocéros.

Les rhinocéros, principales cibles

« Je pars à nouveau le 21 août pour le Hwange National Park où l’emblématique lion Cecil vient de tomber, victime de chasseurs peu scrupuleux. Ce sera ma huitième mission dans ce parc » explique-t-il avant d’ajouter « Le braconnage a eu raison de la plupart des rhinocéros de ce parc. D’une quarantaine que j’ai pu estimer en 2008, ils sont aujourd’hui peut-être 3 ou 4 à avoir survécu aux balles des braconniers. Nos efforts n’ont pas payé malgré plusieurs grandes opérations de décornage ou de poses de radios émetteurs autour du cou ou insérés à l’intérieur de la corne. Les Rangers du parc, protecteurs de la faune, tombent régulièrement sous les balles des braconniers. Les enjeux financiers sont énormes: la corne de rhinocéros est revendue en Asie entre 50.000 euros à 70.000 euros le kilo. Soit pour une corne de rhino de 10kg, l’équivalent pour un braconnier Zimbabwéen du gros lot de l’Euromillion. »

Plusieurs fois face à Cecil

Albert Angéli a vu plusieurs fois le lion Cecil, abattu il y a quelques semaines par Walter James Palmer, dentiste américain. Il raconte « Cecil était un lion emblématique du Hwange National Park, une attraction pour les touristes par sa taille imposante et sa crinière majoritairement noire. J’ai eu l’occasion de le croiser à plusieurs reprises au cours de missions. Je l’ai pris en vidéo. C’était un beau mâle dans la force de l’âge, ne montrant aucun signe d’agressivité envers les observateurs. Il était suivi depuis 9 ans par une équipe de scientifiques locaux travaillant en partenariat avec l’Université d’Oxford. En octobre dernier, Brent Stapelkamp, spécialiste des lions, l’avait doté d’un collier GPS, pour relever des informations sur ses habitudes de déplacement, la taille de son territoire, mais aussi assurer sa protection. Au Zimbabwe il est interdit d’abattre un animal doté d’un collier GPS. Début juillet, Brent s’inquiéta de ne plus recevoir de signal GPS de Cecil. Il avisa alors les autorités du Parc. Dans les jours suivants, la carcasse du lion fut découverte aux abords du Parc, dans la zone cynégétique (la zone de chasse, ndlr). La peau et la tête avaient disparu et à quelques longueurs de là ils retrouvèrent le collier GPS, détruit. »

Attiré hors de la réserve

Albert Angéli connaît bien les lieux. Cette zone cynégétique est séparée de la réserve par une voie ferrée « On a constaté que les animaux longent la zone mais ils vont rarement de l’autre côté. Ils doivent sentir le danger. Les chasseurs les attirent avec des tas de sel ou des dépouilles d’animaux. Cecil avait déjà vraisemblablement étédésigné pour constituer le trophée de chasse du dentiste américain qui utilise un arc de chasse et décoche une flèche qui blesse gravement le lion. Cette technique a le mérite de ne pas attirer l’attention des Rangers. S’ensuit une traque de l’animal blessé qui est abattu de plusieurs balles de fusil. »

Un scandale mondial qui a provoqué des mesures

Le tollé international que la disparition de Cecil a suscité est d’une ampleur exceptionnelle. Albert Angéli se réjouit de cette pression énorme, qui a déjà des résultats. « L’autorisation de chasse sportive des éléphants, lions et de toute espèce menacée est suspendue au Zimbabwe. Des compagnies aériennes ont décidé de refuser le transport de trophées d’animaux. C’est l’espoir qu’à terme toute chasse d’un animal sauvage en Afrique soit interdite. La seule exception étant des opérations de prélèvement décidées par les gouvernements et les autorités locales. L’autre espoir est que tous les pays interdisent toute importation de trophées d’animaux et de poudre de rhinocéros, celle-ci n’ayant aucun effet thérapeutique s’agissant de kératine, matière identique à nos cheveux. Si la mort de Cecil peut servir la défense animale et faire évoluer les mentalités, ce sera toujours ça de gagné. J’ai eu l’occasion de croiser ces chasseurs étrangers à l’aéroport ou dans la zone cynégétique. Le contact entre nous est froid et distant. Moi j’ai choisi la défense de la faune Africaine par passion, sachant que si on la préserve, on participe à la protection de l’humanité toute entière. »

 

Rédacteur : Ivan Roullet

Source : La Nouvelle République (France)

Date de publication : 15/09/2015