Article publié dans Le Figaro (France)

Le Figaro Madame : Mécénat de compétences, pourquoi s'investissent-elles ?

Que ce soit en France ou à l'étranger, des femmes ont choisi de s'investir bénévolement auprès d'associations en mettant à profit leur compétences. Et prouvent que l'on peut donner autre chose que de l'argent : son expertise et son temps.

L'envie de vous investir pour une association vous titille? Certaines femmes ont passé le pas. Elles leur transmettent leur savoir-faire et leurs compétences afin de les aider dans leur développement. Cela porte un nom : le «pro bono». Trois d'entre elles racontent leur engagement.

Maud Bisserier, 28 ans

La raison ? Étudiante, Maud Bisserier s'est toujours investie dans le bénévolat. C'est tout naturellement qu'elle prolonge cet investissement dans sa vie professionnelle en proposant gratuitement son expertise dans le digital à des associations qui en ont besoin. Après avoir travaillé en Chine, elle rentre en France en septembre 2015. «J'ai profité de cette période de transition pour me repositionner et être davantage en adéquation avec mes valeurs», dit-elle.

Qui aide-t-elle ? InFocus, une association qui propose de réaliser des vidéos à des tarifs préférentiels pour des associations, des ONG et entreprises sociales. Maud Bisserier intervient ponctuellement pour les aider à optimiser leur communication digitale. «Cela me prend deux heures par semaine. Un coup de téléphone et c'est réglé !», assure-t-elle. En parallèle, elle accompagne Musique pour Tous, une association créée par de jeunes musiciens qui démocratisent l'accès à la musique auprès des jeune de 7 à 20 ans. L'un des fondateurs devant s'absenter, la jeune femme leur prête main forte pendant quatre mois, le soir et le week-end. «J'ai accompagné la chargée de communication dans la mise en place d'événements et de la stratégie digitale, explique-t-elle. Rendre accessible la musique me touche particulièrement car j'ai joué du piano pendant quinze ans en semi-professionnelle et l'ai enseigné pendant près de 5 ans.»

Ce que cela lui apporte ? Cette période de transition au contact d'associations l'a aidée à mieux définir ses aspirations professionnelle. Et l'a poussée à faire le choix d'intégrer une start-up : SendinBlue dont elle est devenue «responsable acquisitions». «Je l'ai découverte grâce au site Welcome to the jungle. J'y ai trouvé la bienveillance, la transparente, l'écoute que je cherchais dans le monde du travail, et surtout, une vraie implication des salariés dans les décisions de l'entreprise», assure-t-elle.

«Le fait de transmettre mon savoir technique à des associations, de les valoriser, me booste. Je vois que cela a une influence directe et concrète sur leurs projets et cela me plait de leur faire connaître les dernières pratiques digitales. Par ailleurs, le monde associatif me calme. C'est agréable car j'évolue dans un environnement professionnel où tout va très vite!»

Et après ? Maud Bisserier participe à des marathons organisés par l'association Pro bono lab, qui, le temps d'une journée, mobilise les compétences de professionnels volontaires. Ces derniers conseillent gratuitement des organisations à finalité sociale. « On voit tout de suite le résultat», précise-t-elle. Son désir ? Trouver maintenant une association pour laquelle elle pourrait s'impliquer sur le long terme.

Emmanuelle Pariat, 50 ans

La raison ? Étudiante, elle rêvait de travailler dans l'humanitaire. « Je me suis toujours dit que je m'impliquerais un jour vraiment. Mais je ne me voyais pas partir six mois ou un an, en laissant ma vie personnelle de côté. Je voulais trouver une alternative», confie la responsable du pôle expertise base de données chez EDF. En 2004, un de ses collègues lui parle du Congé Solidaire mis en place par l'association Planète Urgence. Le principe : poser deux semaines de vacances et partir pour une mission de solidarité internationale, le voyage étant financé personnellement ou par son employeur. « Le but est d'aider une association locale, en mettant à disposition ses connaissances et ses compétences», explique-t-elle. L'idée la séduit mais elle mettra encore trois ans avant de franchir le pas.

Qui aide-t-elle ? Des associations ou organisations locales dont les besoins sont liés à la défense de l'environnement ou à la formation des adultes. Pour une de ses missions, elle part au Cameroun, mener une enquête socio-économique auprès d’un village. Le but : recenser et analyser leurs besoins prioritaires. «Pour lutter contre la déforestation, le village souhait construire des fours solaires, se souvient-elle. Cela paraissait comme une évidence. En fait, cela ne l'était pas. Comment cuire des aliments quand la plupart des gens se mettent à la tâche avant même le lever du soleil et que celui-ci se couche très tôt? » Sur place, elle récolte les données, les analyse avec l’association. Et aide celle-ci à s'orienter vers des solutions plus adaptées.

Ce que cela lui apporte ? Le sentiment de contribuer à améliorer concrètement la vie des gens : «On dit souvent que les petits ruisseaux font de grandes rivières. J'y crois ! Je ne fais jamais «à la place de» mais j'apporte mes connaissances et mes compétences pour permettre à ces organisations et associations locales de se les approprier et de développer leurs propres actions». Sur place, elle découvre aussi un autre rapport au temps. «Dans certains pays, on prend le temps de vivre, de ralentir. Les gens ne comprennent pas pourquoi en Occident, on court dans tous les sens. Ils ont raison !» Ces expériences lui permettent de prendre du recul, de redéfinir ses priorités, ses besoins au quotidien. «Avec peu de choses, beaucoup de personnes arrivent à faire beaucoup, dit-elle. Cela fait réfléchir.»

Et après ? Emmanuelle Pariat en est à sa huitième mission. La plupart ont eu lieu en Afrique. « J'y vais au moins une fois par an. Pour ma part, la solidarité passe principalement par le don de mon temps, plus que de l'argent. C'est aussi une belle manière de découvrir la réalité d'un pays et les besoins de ses habitants», explique-t-elle. Sa fierté ? Avoir convaincu son entreprise, avec l'aide de Planète Urgence, de financer les missions par l'intermédiaire de sa fondation et de permettre ainsi à 15 autres salariés de s'impliquer.

Houria Hauret, 42 ans

La raison ? Houria Hauret avait en tête de s'engager depuis longtemps. Un collègue lui évoque la possibilité d'utiliser ses compétences pour aider des associations à l'étranger, en s'engageant comme volontaire pour Planète Urgence pour une période limitée. Pour elle, c'est la bonne alternative. «Le déclic a eu lieu l'année de mes 40 ans. Pour moi, c'était le bon moment pour concrétiser cette envie de me mettre au service des autres», dit-elle

Qui aide-t-elle ? Sa société Natixis s'engage à financer le départ de 15 volontaires. Houria Hauret dépose un dossier et écrit une lettre de motivation. Elle est sélectionnée. «J'ai choisi de m'investir dans un programme éducatif autour de l'apprentissage du français dans une école au Cameroun. L'objectif était d'aider douze enfants agés de sept et neuf ans, particulièrement en difficulté dans cette matière», raconte-t-elle. Elle prépare ses cours un mois avant son départ en utilisant des manuels scolaires, et en testant ses idées sur ses deux filles et auprès des professeurs de leur école. En décembre 2014, elle part pour quinze jours sur place. «Là-bas, j'avais un référent. Deux réunions étaient organisées avec l'équipe pédagogique de l'école, une avant et une après ma mission. J'ai beaucoup travaillé avec les enfants par le jeu. J'adaptais mon travail au jour le jour. C'était riche et fort !», se souvient-elle.

Ce que cela lui apporte ? «J'ai pris une claque ! J'ai été profondément marquée par le décalage entre l'Occident et l'Afrique, cette surabondance à laquelle nous sommes exposés et dont nous n'avons même plus conscience. Cela m'a permis de remettre tout en perspective, de prendre du recul et d'être plus bienveillante envers les autres », confie-t-elle. Elle a été aussi surprise par le respect des enfants envers les adultes, leur éveil et leur désir d'apprendre et de progresser. «En termes logistique, il a fallu m'adapter. Savoir qu'on était loin de tout, en plein milieu de la brousse et que je ne pouvais pas avoir accès à ce que je voulais tout de suite, m'a appris la patience», souligne-t-elle.

Et après ? «Cette expérience a été une magnifique parenthèse dans ma vie. Mon prochain projet serait de la vivre avec mon mari et mes enfants. Mais c'est un vrai investissement, pas une décision à prendre à la légère.»

 

Rédacteur : Marina Al Rubaee

Source : Le Figaro (France)

Date de publication : 08/03/2017

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