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Rédacteur : John Noble Wilford

Source : The New York Times (Etats-Unis)

Date de publication : 28-09-2007

Sauver le yawuru et le magati-ke

La moitié des langues parlées dans le monde auront disparu au siècle prochain. Afin de préserver ces savoirs et ces cultures de l'extinction totale, des chercheurs sillonnent la planète et enregistrent les derniers locuteurs, explique le New York Times.

[Traduction : Courrier International]

Des quelque 7 000 langues parlées aujourd'hui dans le monde, la moitié serait menacée d'extinction. De fait, une langue disparaît environ toutes les deux semaines. Certaines s'éteignent en un instant, avec la mort de leur dernier locuteur. D'autres se dissolvent progressivement dans des cultures bilingues, les idiomes autochtones se trouvant submergés par la langue dominante à l'école, au travail et à la télévision.

De nouveaux travaux dévoilés le 18 septembre ont recensé les cinq régions où les langues disparaissent le plus rapidement : le nord de l'Australie, le centre de l'Amérique du Sud, le littoral Pacifique Nord de l'Amérique du Nord, la Sibérie orientale, l'Oklahoma et le sud-ouest des Etats-Unis. Dans toutes ces régions vivent des populations autochtones parlant des langues variées, mais elles sont de moins en moins nombreuses.

K. David Harrison, professeur de linguistique, explique que plus de la moitié des langues n'ont pas de forme écrite et sont donc menacées de se perdre ou d'être oubliées. Ces langues ne laissent derrière elles aucun dictionnaire, aucun texte, pas la moindre archive du savoir accumulé et de l'histoire d'une culture disparue.

Inaugurant un projet de longue haleine dont l'objectif est d'identifier et de recenser les langues menacées, K. David Harrison a sillonné la planète en compagnie de Gregory D. S. Anderson, directeur du Living Tongues Institute for Endangered Languages, et de Chris Rainier, réalisateur pour la National Geographic Society.

Les chercheurs ont procédé à des entretiens enregistrés des derniers locuteurs de chaque langue et recueilli des listes de vocabulaire de base. Chaque projet (certains ont duré trois à quatre ans) a nécessité des heures d'enregistrement, l'élaboration de grammaires et la formation à ces langues mystérieuses.

En Australie, où la quasi-totalité des 231 langues existantes est menacée, les chercheurs ont trouvé les trois seuls locuteurs connus de la langue magati-ke, dans le Territoire-du-Nord, ainsi que trois locuteurs du yawuru, en Australie-Occidentale. Ils ont aussi ont rencontré l'unique locuteur de l'amurdag, une langue du Territoire-du-Nord déclarée disparue. Voilà une langue qu'on ne peut vraisemblablement pas ressusciter, mais au moins en avons-nous fait un enregistrement, souligne Anderson : l'Aborigène qui parlait cette langue a fait de gros efforts pour se rappeler les mots qu'utilisait son père aujourd'hui disparu.

Nombre des 113 langues existant dans la région qui s'étend des Andes au bassin amazonien, mal connues, cèdent peu à peu la place à l'espagnol et au portugais ou, plus rarement, à une autre langue indigène plus présente. Ainsi, la population andine des Kallawayas emploie le quechua ou l'espagnol dans la vie quotidienne, mais elle dispose aussi d'une langue secrète destinée essentiellement à préserver son savoir sur les plantes médicinales, dont certaines sont longtemps restées inconnues de la science. Pourquoi et comment cette langue a pu survivre plus de quatre siècles alors qu'elle n'est parlée que par un groupe restreint, c'est une énigme, reconnaît K. David Harrison.

La domination de l'anglais représente une menace pour la survie des 54 langues utilisées sur le littoral du Pacifique Nord-Ouest, région qui englobe la Colombie-Britannique et les Etats américains de Washington et de l'Oregon. Il ne reste plus qu'une seule personne connaissant le siletz dee-ni, la dernière des nombreuses langues parlées autrefois dans une réserve de l'Oregon.

Comme l'explique le Pr Harrison, on mesure aussi l'ampleur de la menace qui pèse sur des langues relativement mal connues au fait que 80% de la population mondiale parlent et écrivent seulement 83 langues ayant une influence planétaire. Le reste du patrimoine linguistique, expliquent les scientifiques, risque aujourd'hui de s'éteindre plus rapidement que les oiseaux, mammifères, poissons et végétaux menacés.
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