Rédacteur : François Danic
Source : Planète Urgence (France)
Date de publication : 28-05-2008
Aujourd’hui, il reste environ 4 milliards d’hectares plus ou moins boisés sur la planète. La déforestation entraîne une perte nette équivalente à 7,3 millions d’ha/an, une superficie qui correspond à peu près à celle de la Sierra Leone ou du Panama.
Les 10 pays les plus riches en forêts représentent à eux seuls 80% des forêts primaires de la terre, dont l’Indonésie, le Mexique, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Brésil. Ce sont aussi ceux qui ont subi la déforestation la plus intense et rapide cette dernière décennie, en dépit de plantations de forêts secondaires commerciales.
La déforestation et la dégradation des forêts contribuent au réchauffement climatique puisqu’elles sont responsables de près d’un cinquième des émissions de dioxyde de carbone. On estime ainsi que les forêts du monde renferment 283 gigatonnes de carbone uniquement dans leur biomasse, soit l’équivalent des émissions européennes de gaz à effet de serre de l’année 2005 pendant …71 ans !
Les forêts mondiales renferment également plus de 50% de la biodiversité terrestre (diversité de l’habitat, des animaux et des plantes). La déforestation provoque donc des pertes importantes de biodiversité, en particulier dans les forêts tropicales. Et plus la biodiversité animale et végétale baisse, plus la vie sur terre se fragilise et s’appauvrit . Les équilibres reliant les espèces entre elles se trouvent alors rompus provoquant des effets dominos catastrophiques jusque dans la production agricole ou la qualité et la richesse des eaux…C’est pourquoi la survie et qualité de vie de l'Homme est si étroitement lié à une biodiversité preservée.
Sans les forêts, les glissements de terrain et les crues prennent également des proportions dramatiques, les sols se déstructurent, et une fois la terre emportée la végétation ne repousse plus… La désertification s'installe alors et les populations en souffre tant qu’elles sont contraintes à l’exode.
La déforestation est aussi une cause d'apparition et de diffusion de maladies émergentes. La déforestation, mais tout autant la fragmentation croissantes des forêts, s’accompagne d’une intensification de l’urbanisation et de l’agriculture et d’une modification des usages de l’eau qui mettent brutalement en contact des pathogènes autrefois isolés en forêt, dans le sol ou les sédiments, etc. avec des groupes humains qui n’y avaient jamais été exposés auparavant. Leurs conditions de vie , la promiscuité et les migrations favorisent ensuite la contagion. La disparition du couvert forestier est par ailleurs facteur de stress pour certains microbes et organismes. Ce processus est connu depuis longtemps en forêt tropicale (SIDA, Ebola…), mais il pourrait également être important en forêt tempérée (échinococcose, maladie de Lyme…).
Changement net annuel de la superficie forestière par région 1990-2005
(millions d'hectares par an)
Pour contribuer à combattre ce tragique état des lieux, Planète Urgence a lancé un programme de reforestation qui a également pour vocation de contribuer à lutter contre le réchauffement climatique, protéger la biodiversité et insuffler un dynamisme socio-économique reposant sur la richesse qu’offre la forêt. Deux actions sont actuellement menées :
- Restauration de la mangrove en Indonésie
- Développement agrosylvicole au Mali
Pourquoi réhabiliter les mangroves indonésiennes ?
Avec des taux de perte dépassant ceux des forêts tropicales et des récifs de corail, les mangroves sont désormais les habitats les plus menacés au monde. Alors que les trois quarts des littoraux des pays tropicaux et subtropicaux étaient autrefois couverts de mangroves, il ne reste aujourd’hui que la moitié de ces forêts si singulières dont les racines poussent dans la mer le long des côtes. De surcroît, ce reliquat est souvent dégradé. La vitesse de dégradation des mangroves est alarmante : le taux de disparition de la couverture de mangrove est estimé à plus de 2% par an (0,2% pour la forêt en général).
La mangrove est pourtant un formidable réservoir de diversité biologique. Elle est aussi le lien entre les mondes marin et terrestre, mettant en avant des espèces animales et végétales spécifiques, aujourd’hui dangereusement menacées tel que l’aigle à tête blanche Pygargue Blagre, le singe argenté Prebystis sp ou encore la variété de lamentin Dugong, un petit cétacé.
La restauration de cet écosystème permet de retrouver les sites naturels d’alevinage favorisant une activité de pêche en adéquation avec l’environnement. La mangrove est également un formidable puits de carbone. En effet, certaines de ses espèces végétales, telles les Rhizophora présentent de forts taux de croissance et de fortes densités. Le stockage biologique de carbone par le reboisement permet alors d’atténuer la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et de freiner ainsi le réchauffement climatique.
Parce que l’archipel regroupait un quart des mangroves du monde, il est urgent d’agir en Indonésie.
Planète Urgence a jusqu’à présent planté 650.000 palétuviers (140 hectares), dans la province Nord Sumatra du détroit de Malacca. D’ici, la fin de l’année, ce seront 900.0000 plants (200 ha) qui viendront s’additionner. Un centre d’informations va également être ouvert afin de sensibiliser les populations locales aux vertus économiques et écologiques de la mangrove. A terme, l’ambition de ce programme est de créer un corridor
carbone côtier, de Bandah Aceh à Medan, soit plus de 600 Kms de côtes : il s’agit là tout à la fois d’un véritable
puits de carbone, d’une réserve de diversité biologique, d’une barrière de résorption de la pollution marine du détroit de Malacca et enfin d’une protection face à la montée des eaux.
Pourquoi l’agrosylviculture au Mali?
Le désert continue d’avancer au Sahel. Dans cette zone, le réchauffement climatique provoque non seulement des migrations de populations mais exacerbe les tensions entre les communautés et pays riverains pour l’accès à l’eau et aux dernières terres viables. Il faut trouver des solutions rapidement pour permettre au plus grand nombre de vivre sans conflit d’accès aux ressources, de façons autonome et équitable. L’agrosylviculture en est une, qui combine la plantation d’arbres à des cultures agricoles. Elle permet d’affiner le cycle hydrique local et de retenir l’eau. Elle restructure également les sols qui deviennent ainsi moins sensibles à l’érosion. L’agrosylviculture est généralement plus productive, en nourriture comme en revenus et plus
soutenable, continuant à produire à plus long terme. Elle permet en outre de diversifier les ressources alimentaires et économiques. L’agrosylviculture c’est concilier l’arbre et l’agriculture, et réconcilier l’écologie et l’économie.
Dans la région de Mopti, Planète Urgence a permis la constitution de 240 parcelles agrosylvicoles d’un hectare chacune et qui présentent des productions fourragères, maraîchères et fruitières. En 2008, 400 parcelles verront le jour et leurs puits seront consolidés.
L’objectif en 2010 est de permettre à 1.000 familles de produire leur propre ressource alimentaire et de développer une activité économique supplémentaire, non pas ponctuelle mais étalée dans l’année. En outre, l’ensemble de ces parcelles au bord du Sahel constituera une barrière de protection face à l’avancée du désert.