Pour rétablir une justice climatique, les ONG proposent que les pays du Nord, pollueurs historiques, indemnisent les pays du Sud au nom du développement. Le système évalue les montants en fonction de la pollution occasionnée par chaque pays et de sa puissance économique
Le changement climatique est le nouvel épouvantail du 21ème siècle. Ses conséquences sont sous les yeux de tous : inondations, sécheresses, catastrophes naturelles, migrations, crise alimentaire. Si tout le monde, ou presque, s’entend sur le diagnostic, personne, ou presque, n’est d’accord sur la thérapie. Les pays pauvres ne veulent pas compromettre leur développement économique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Quant aux pays industrialisés, la plupart ont compris l’urgence de réduire la pollution, mais ne sont pas prêts à payer pour les dégâts occasionnés à l’échelle de la planète. Et encore moins à aider le Sud à acquérir des technologies propres.
Certes, il existe un instrument international, ratifié par presque tous les Etats. La Convention des Nations Unies sur les changements climatiques, en vigueur depuis 1994, oblige les Etats à protéger le climat
selon les responsabilités communes, mais différenciées, de chacun, et selon les capacités respectives. Mais comment rendre opérationnel ce principe du pollueur – payeur ?
EcoEquity, le Stockholm Environment Institute, la Fondation Heinrich Böll, Christian Aid et Pain pour le Prochain proposent de partager le fardeau du changement climatique de façon équitable. Nelson Muffuh, de Christian Aid, a présenté le concept de Greenhouse development rights lors d’un symposium sur la justice climatique organisé le 20 juin, à Berne, par Pain pour le Prochain et Action de Carême.
Un indicateur de responsabilité et de capacité
Nous avons élaboré un indicateur qui mesure la responsabilité de chaque pays - ses émissions de gaz à effet de serre depuis 1990 - et sa capacité économique, à savoir le nombre d’habitants disposant de plus de 7’500$ par an, nous explique Nelson Muffuh. Nous estimons que les pays qui se situent en dessous de ce seuil de développement ne peuvent pas contribuer financièrement à l’effort climatique, car ils doivent concentrer leurs maigres ressources sur la lutte contre la pauvreté. Les autres pays, par contre, doivent s’engager à réduire de façon significative les émissions de CO2, mais aussi à payer le transfert de technologies propres vers le Sud.
Concrètement, il s’agit de limiter le réchauffement climatique à 2° Celsius de plus que lors de la période précédant l’industrialisation. Selon les calculs provisoires, les Etats-Unis devraient assumer le plus haut pourcentage de l’indicateur global - 32% - suivis par l’Union européenne, qui se situe à 25%. La Chine devrait payer 6,6%, alors que l’Inde, où le nombre de pauvres est encore très important, devrait verser le 0,8%.
Globalement, les ¾ de l’effort seraient consentis par les pays riches et le quart restant par les pays à revenu intermédiaire – moins de 1% pour les pays les plus pauvres.
Vers une taxe climatique globale ?
Mais si cet indicateur permet de répartir le coût du changement climatique, il ne chiffre pas les montants à payer. Ni la répartition de l’argent parmi les bénéficiaires
Alors, dans un rapport qui vient de paraître, les promoteurs de l’initiative imaginent la création d’un grand fond international, comparable à celui proposé récemment par le Mexique. L’Indicateur de responsabilité et de capacité pourrait servir à calculer les obligations de chaque pays en espèces sonnantes. Si le coût du changement climatique est estimé à un trillion de dollars (1,5% du produit mondial brut), les Etats-Unis, avec leur 32% de l’indicateur global, devraient payer $320 milliards, l’Union européenne $250 milliards, la Chine $66 milliards et l’Inde 8 milliards. L’indicateur servirait ainsi de base à une
taxe climatique globale.
Une proposition aussi ambitieuse - et surtout onéreuse pour les pays industrialisés - a-t-elle une chance d’être acceptée ? Présent au symposium de Berne, Moritz Leunberger, Conseiller fédéral en charge de l’environnement, a certes reconnu que les auteurs du réchauffement climatique – dont la Suisse – avaient une responsabilité globale. Mais il a surtout insisté sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre en Suisse même. De là à payer pour les autres…
Nous sommes en train de présenter l’idée aux gouvernements et aux négociateurs, assure Muffuh. Lors de la rencontre de Bali sur le climat, en décembre 2007, les Etats ont lancé des négociations pour l’après 2012, date d’échéance de la première phase du protocole de Kyoto. Nous espérons que notre idée sera introduite dans le nouvel accord.
Mais les Etats-Unis qui, n’adhérant pas au protocole de Kyoto, n’ont pas accepté de réductions contraignantes, vont-ils assumer un tiers de la facture ? Nelson Muffuh est confiant :
Il sera difficile de faire accepter notre proposition. Mais nous mettons beaucoup d’espoir dans la prochaine administration américaine.
Décidément, les élections américaines à venir suscitent tous les espoirs.