A Genève, 300 personnalités ont planché pendant deux jours sur le changement climatique. Ceux qui attendaient des résultats immédiats sont déçus. Les autre misent sur un programme de travail attendu d’ici six semaines.
Sensibiliser les grands de ce monde à la justice climatique, en poussant les pays industrialisés à assumer la responsabilité de la pollution qu’ils ont occasionnée. Trouver des solutions au réchauffement de la planète, en créant des synergies entre acteurs peu habitués à travailler ensemble. Au passage, récolter des fonds. Tels étaient les objectifs du
Forum humanitaire mondial qui a tenu sa première réunion cette semaine (24 et 25 juin) à Genève. Et qui a collé, peut-être malgré lui, à l’image du
Davos de l’humanitaire qu’on lui a souvent affublée, tant la concentration de grands patrons était importante. On le sait : Kofi Annan a toujours pensé que pour sauver le monde il faut associer le secteur privé. Lorsqu’il était secrétaire général de l’ONU, il s’était illustré par le
Global Compact, un pacte qui engage le business à respecter les standards sociaux, environnementaux et les droits de l’homme.
Nous avons invité un tiers de représentants d’Etats, un tiers de la société civile et un tiers du secteur privé. Malheureusement peu de gouvernements - surtout du Sud - ont répondu présent regrette Meinrad Studer, directeur du Forum. Le business, par contre, était venu en force, avec les PDG de Virgin, Coca-Cola, Allianz, Swiss Re, Ericsson et Deutsche Bank. Si les directeurs des agences onusiennes concernées étaient bien là, les ONG avaient été soigneusement triées sur le volet.
Mais quand Kofi Annan invite, on ne peut pas faire venir tout le monde précise Meinrad Studer, pour justifier le côté élitaire et un peu déconnecté de la réalité que certains ont reproché à la manifestation.
Certes, il y avait quelques représentants des communautés les plus affectées par le changement climatique. Des jeunes qui attendaient peut-être un peu trop d’une telle réunion. Mama N’doda, jeune Togolaise venue dénoncer la disparition de la forêt sacrée qui entoure son village, peinait à cacher sa déception :
J’aurais voulu quelque chose de concret, car le temps presse ! Or le dernier mot a été : On garde le contact sur le site du Forum. C’est un peu flou.
17 groupes de travail
En effet, la réunion a formé 17 groupes de travail autour de thèmes distillés par une
machine à idées. Les participants ont voté sur la pertinence de chacune et proposé des personnes susceptibles de poursuivre le travail. Des engagements non contraignants et restés confidentiels.
La proposition jugée prioritaire consiste à promouvoir des solutions technologiques adaptées aux régions défavorisées. Un groupe de travail pourrait être convié à Bamako, au Mali, pour réfléchir aux nouvelles opportunités d’investissement dans les énergies alternatives, comme les panneaux solaires ou la collecte d’eau de pluie. Autre idée largement partagée, échanger des informations pour prévenir les catastrophes naturelles et instaurer des systèmes d’alerte, par exemple en jumelant des villes aux problèmes comparables. Une solution qui pourrait être creusée à Dhaka, au Bangladesh.
Les médias – un peu déçus d’être exclus de certaines réunions à huis clos - ont été reconnus comme des acteurs incontournables. Un groupe de travail pourrait plancher sur le lancement d’une émission TV hebdomadaire pour suivre les négociations préparatoires de la conférence de Copenhague sur le climat, prévue pour décembre 2009. Médias qui sont aussi appelés à informer le public – notamment les femmes et les communautés les plus marginalisées - sur les effets du changement climatique.
D’autres proposition ont suscité nettement plus de controverse, comme la généralisation d’une assurance risque contre les catastrophes naturelles ou l’idée de faire payer l’eau au-delà d’une quantité minimale garantie.
En concluant la réunion, le directeur général, Walter Fust, ancien directeur de la Coopération suisse (DDC), a assuré qu’un premier plan de travail serait prêt d’ici six semaines. C’est dans sa mise en œuvre qu’on pourra juger l’efficacité du Forum - soutenu pour l’heure seulement par quatre Etats et dont la première réunion aura coûté 1 million de francs. Car, Forum ou pas, ce n’est pas les idées qui manquent pour résoudre le changement climatique. C’est la volonté politique de les mettre en œuvre et surtout l’argent, véritable nerf de cette guerre écologique. La réunion tenue à Genève, ville de la finance, pourra-elle faire la différence là-dessus?
Voir en ligne : Forum humanitaire mondial