Dans les prisons yéménites, la plupart des détenues sont condamnées pour adultère, prostitution ou ''atteinte à la morale publique''. Un Comité de l’ONU tire la sonnette d’alarme.
Le Centre d’accueil des ex-détenues et victimes de violence, à Aden, au Yémen, est le premier refuge de ce genre au Moyen-Orient.
Mon père m’a chassée de la maison et obligée à mendier raconte au Yemen Times Salwa, 16 ans, l’une des neuf jeunes pensionnaires. Obligée de se prostituer pour survivre, elle est arrêtée par la police et envoyée à la prison d’Aden.
Au Yémen, la plupart des femmes qui sont en prison ont été condamnées pour prostitution, adultère, alcoolisme, ou comportement illégal ou indécent, en privé ou en public dénonce le Comité sur l’élimination de la discrimination envers les femmes. Cet organe des Nations Unies, composé de 23 experts indépendants, est chargé de surveiller la mise en œuvre de la Convention éponyme. En juillet dernier, il examinait le rapport périodique du Yémen. Et les observations finales qu’il vient de publier ne sont pas très encourageantes :
Bien que le Yémen ait ratifié la Convention sur l’élimination de la discrimination envers les femmes il y a plus de 24 ans, et sans réserves, il n’a pas incorporé la plupart de ses dispositions dans la législation nationale. Sur certains points, la discrimination envers les femmes s’est même aggravée.
Mariages précoces et polygamie
La principale raison ? Le principe de l’égalité homme - femme n’est inscrit ni dans la Constitution, ni dans la loi. Si bien que la différence de droits est criante à tous les niveaux : mariage, divorce, témoignage, propriété, nationalité, garde des enfants, héritage. Et la loi ne pénalise pas la violence envers les femmes, à fortiori si elle est perpétrée dans le secret des murs domestiques.
La faute au Code pénal et à la Loi sur le statut personnel, dont l’une des dispositions les plus discriminatoires est un amendement de 1999 qui autorise le mariage d’enfants âgés de moins de 15 ans. Le Comité se déclare
extrêmement préoccupé par la légalité de ces mariages précoces, qui constituent une violence envers les filles. L’Etat devrait amender la loi et mener des campagnes de sensibilisation sur les conséquences néfastes de ces unions, avec l’appui de la société civile et des autorités religieuses.
Plus facile à dire qu’à faire : selon différents observateurs, Nojoud Muhammed Nasser, la fille de huit ans qui a défrayé la chronique pour avoir osé demander - et obtenir - le divorce, doit faire face aujourd’hui au mépris de sa communauté.
Mais le Comité va encore plus loin. Brisant un tabou, il dénonce la polygamie,
qui est contraire à l’égalité des sexes et peut avoir de si graves conséquences affectives et financières pour la femme et les personnes à sa charge qu’il faudrait décourager et même interdire cette forme de mariage.
Ostracisées à la sortie de prison
Pour les femmes, la sortie de prison est encore plus difficile que la détention elle-même, si bien qu’elles choisissent parfois d’y rester plus longtemps que nécessaire. Car leur tuteur ou leur famille refusent souvent de les réadmettre à la maison. L’honneur est sali.
C’est ce qui est arrivé à Salwa. Après avoir purgé sa peine à la prison d’Aden, elle est retournée chez son père, qui a refusé de la reprendre. Mais, contrairement à tant d’autres, elle a eu la chance de trouver refuge au Centre d’accueil, où elle reçoit des soins sociaux et psychologiques, prodigués grâce au soutien de la coopération allemande.
Les filles qui fuient la violence domestique, les abus ou les mariages précoces ne trouvent ni une institution pour les aider et les conseiller, ni un travail qui leur permette de gagner leur vie légalement. A leur sortie de prison, ostracisées par leur communauté, certaines viennent ici explique au Yemen Times Hafra’a Hariri, directrice du Centre d’accueil.
Une goutte d’eau dans la mer, cependant. Malgré la bonne volonté des associations, difficile de changer les lois et les mentalités dans un pays où les femmes ne représentent que 0,3% des parlementaires, 1,82% des ministres et 1,65% des magistrats.
Le Comité demande au Yémen d’établir des quotas lors des prochaines élections parlementaires. Mais aussi de lancer des programmes de sensibilisation et d’encourager les autorités religieuses à promouvoir une image positive de la femme. Car ce n’est pas qu’une question de droit. Les pratiques culturelles négatives et les stéréotypes pèsent comme un boulet sur l’émancipation des femmes yéménites.