L'association
Actualités

Rédacteur : G.La.

Source : Libération (France)

Date de publication : 17-11-2008

Un krach écologique avant 2030 ?

Au rythme de sa consommation, l’humanité aura besoin de l’équivalent de deux planètes pour répondre à ses besoins à partir de 2030.

Nous sommes en train d’agir écologiquement de la même façon que les institutions financières se sont comportées économiquement, cherchant la satisfaction immédiate sans prendre en compte les conséquences. Seulement, les conséquences d’une crise écologique seront bien plus graves que l’actuelle crise économique.

L’avertissement est lancé par Jonathan Loh, de la Société zoologique de Londres, coauteur avec le WWF et le réseau Global Footprint Network du rapport Planète vivante 2008, rendu public hier (1). La conclusion de l’étude se résume en une équation simple : au rythme de sa consommation, l’humanité aura besoin de l’équivalent de deux planètes pour répondre à ses besoins à partir de 2030.

Pour mesurer la pression de l’humanité sur les ressources mondiales, le rapport utilise le concept d’empreinte écologique, créé il y a une quinzaine d’années par deux économistes, qui mesure les surfaces biologiquement productives de terre et d’eau nécessaires pour produire les ressources qu’un individu, une population ou une activité consomme, et pour absorber les déchets générés. Selon le rapport, la pression de l’humanité sur la planète excède aujourd’hui de 30% sa capacité de régénération, un déficit qui ne cesse de se creuser. En 2005, au palmarès des plus gourmands, on trouve sans surprise les Etats-Unis et la Chine, qui utilisent chacun 21% de la biocapacité de la planète.

On a identifié vingt leviers qui permettraient de relever le défi énergétique, qui représente 50% de l’empreinte, précise Bernard Cressens, directeur des programmes du WWF-France. Mais sur ces sujets, comme sur les questions agricoles, il faut une nouvelle gouvernance mondiale.

Et la France ? Elle est dans le top 10, excédant de 62% sa capacité par personne. Comme la plupart des pays développés (à l’exception notable de l’Allemagne), elle a vu son empreinte augmenter ces dernières années. Lors de l’examen du projet de loi Grenelle, le gouvernement a refusé d’intégrer au texte la notion d’empreinte écologique, ce que réclamait le député vert Yves Cochet. Le concept est intéressant, avait expliqué Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’Ecologie. Mais, tel qu’il a été développé, il fait problème, le mode de calcul ayant été contesté. On n’a pas la prétention que ce soit un outil parfait mais au moins il existe, répond Bernard Cressens. Ce qui est sûr, c’est que le PIB n’est plus un indicateur suffisant. Il faut impérativement que les Etats se dotent de nouveaux indicateurs de la pression sur les ressources.

(1) Rapport disponible [pdf - 4,5 Mo] sur wwf.fr
© Planète Urgence