Rédacteur : Catherine Vincent
Source : Le Monde (France)
Date de publication : 17-11-2008
Interview de Xavier Le Roux, écologue, directeur de recherche à l'INRA.
Le Monde : Directeur de la Fondation française pour la recherche sur la biodiversité, vous revenez de la conférence internationale ''Biodiversité et agriculture'' (Montpellier, 4 et 5 novembre). Quel en était l'enjeu ?
Xavier Le Roux :
Pour gérer durablement les écosystèmes, les pays du Nord vont devoir profondément modifier leurs pratiques en matière de cultures et réconcilier agriculture et biodiversité. Pourront-ils, peu à peu, introduire une meilleure utilisation de la biodiversité ? Ou leur faudra-t-il opérer une rupture plus radicale par rapport aux fondements actuels de l'agriculture intensive ? Telle est la question principale.
Le Monde : L'expertise collective ''Agriculture et biodiversité'', que vous avez pilotée cette année sous l'égide de l'INRA, apporte-t-elle un début de réponse ?
Xavier Le Roux :
Qu'il s'agisse des impacts de l'agriculture sur la biodiversité, des services que celle-ci peut rendre dans les processus de la production agricole, ou encore des outils nécessaires à la mise en oeuvre des mutations à venir, cette expertise dresse avant tout un bilan des connaissances actuelles sur les liens qui unissent ces deux champs du vivant.
Parmi les facteurs clés responsables de la réduction de la biodiversité, elle souligne notamment le rôle crucial joué par l'homogénéisation des paysages. La disparition des espaces semi-naturels, des haies, des mares, a eu un impact aussi négatif que l'emploi intensif d'intrants chimiques ! Pour améliorer la situation, il sera impératif, entre autres mesures, d'accroître la complexité des paysages.
Le Monde : Des synergies sont-elles possibles avec les pays du Sud ?
Xavier Le Roux :
Globalement, et malgré le développement des plantations intensives, l'activité agricole menée sous les tropiques respecte mieux la biodiversité que celle de notre hémisphère : elle fait moins appel aux pesticides et continue de pratiquer le mélange d'espèces cultivées. Nous avons donc tout intérêt à nous pencher sur le travail des agronomes dans cette région du monde.
Par ailleurs, il faut se souvenir que derrière un système de production choisi par le Nord - tel l'emploi, pour nourrir le bétail, de tourteaux de soja - peut se cacher un effet négatif pour la biodiversité dans le Sud. Comme bien d'autres activités, l'agriculture est aujourd'hui mondialisée. Pour la conjuguer au mieux avec la gestion de la biodiversité, il faut lui accorder une vision planétaire.