Planète Urgence fait partie de Coordination Sud, un des deux collectifs français d’ONG qui participe aux négociations dans la ''catégorie'' société civile. Le gouvernement français soutient ces deux organisations (le 2e est le Réseau Action Climat). Hervé Dubois, cofondateur de Planète Urgence, originaire de l’Ain, nous fait vivre cette rencontre de l’intérieur.
Mobilisation sans précédent même si les pessimistes parlent de
Flopenhague! Les optimistes préfèrent eux l’expression
Hopenhague !
''Justice'' climatique
Le temps n’est plus à la discussion mais à l’action. Cependant, rien ne peut se faire si un accord global et collectif ne voit le jour. Mais que de complications ! Les négociations sont complexes pour trouver les bonnes solutions au double problème de l’atténuation et de l’adaptation.
Et, la responsabilité historique des pays industrialisés doit entraîner automatiquement une notion, dans le texte, d’une
justice climatique.
Enfin, l’exigence des pays émergents concernant une contribution moins importante aujourd’hui alors qu’ils sont amenés à devenir les plus gros pollueurs à court terme. On assiste à une guerre des chiffres sur les objectifs de réduction et là il faut un consensus total si on veut une efficacité relative. Les contributions par pays et les mécanismes de financement à mettre en œuvre sont d’une complexité redoutable. Tous ces freins conduisent les pessimistes à affirmer tous les jours qu’il n’y aura pas d’accord (ou alors à minima). Il faut se rendre compte qu’il y a aujourd’hui une mobilisation sans précédent sur ce problème du changement climatique et la société civile ne laissera pas nos dirigeants attendre plus. Maintenant, il faut se mettre d’accord sur les objectifs de réduction des émissions par pays et d’un autre côté sur les montants et les mécanismes de l’adaptation des pays émergents et en développement concernant leur développement économique sobre en carbone.
Pour financer au niveau mondial un plan climat, il faut trouver de l’argent. Les pays riches se disent suffisamment endettés pour avoir recours à un financement public. On parle donc de taxer les bankers maritimes et aériens. La France parle aussi d’une taxe sur les transactions financières mais elle n’est pas très suivie sur cette voie.
Mon sentiment personnel sur ces fonds d’adaptation est que les grands pays pollueurs qui maîtrisent la négociation sont plus préoccupés par l’urgence de trouver un accord non contraignant dans la mise en œuvre des plans de réduction à l’intérieur de leurs frontières et dans le reporting vis-à-vis des Nations Unies. La notion de fonds d’adaptation est moins prioritaire. Dommage car ces fonds pourraient être une chance historique pour les pays en développement pour rattraper un peu leur retard socio-économique. Jean Louis Borloo a de ce point de vue, une position ambitieuse pour les pays les plus pauvres mais il semble rester isolé. Le plus surprenant, c’est qu’il n’a pas un soutien franc des Africains eux-mêmes ! On estime qu’il y a des raisons d’ordre diplomatique : certains disent qu’on ne veut pas froisser la Chine, grand investisseur en Afrique, d’autres que c’est parce que cela s’appelle le
plan Borloo et qu’on ne veut pas que la France tire
les marrons du feu … bref, la moindre initiative se complique très vite !
La société civile s’invite
J’ai eu la chance d’échanger avec de nombreuses personnalités. Hier soir, c’était avec Wangari Maathaï, prix Nobel 2004 pour son mouvement le
green belt movement avec qui Planète Urgence travaille en Asie et en Afrique. C’est une femme remarquable. Mais Copenhague n’est pas comme les sommets précédents. Il y a un invité en plus, la société civile ! Accompagnée de la pression médiatique. Nos chefs d’états ne peuvent pas se permettre d’esquiver encore… sans risque de dommage
co-latéraux ! À cet égard, je pense qu’il y aura un avant et un après Copenhague. Le 14, c’était ma dernière journée. En une semaine, j’ai dû faire 20 km de marche dans les couloirs du Bella Center et les différents sites répartis dans la ville. Ce lundi, début de la deuxième semaine, la file d’attente des participants devant le Bella Center n’en finit pas. Il ne reste que 2 jours de négociation avant l’arrivée des ministres et 3 avant l’arrivée des chefs d’états. Pour arriver à un accord valable… il faut avancer sur la réduction des pays indus, l’adaptation des pays du sud, les mécanismes de financement, le cadre réglementaire et juridique. Aujourd’hui, on a piétiné!