Rédacteur : Mohsen Kayal
Source : Planète Urgence (France)
Date de publication : 16-04-2010
Notre partenaire au Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l'Environnement sur le projet de Congé Solidaire® en Polynésie Française nous explique l'apparition d'une nouvelle menace pour la survie des récifs coralliens : ''Nul ne s’en doute encore, mais aujourd’hui débute un phénomène qui va grandement bouleverser la vie du récif, et de celle de tous les organismes qui y sont associés''
Les habitants des îles tropicales découvrent l’apparition soudaine des étoiles de mer (Acanthaster planci) sur le récif. Les îliens connaissent bien cette créature. Les plus anciens en ont déjà observé autrefois, et certains ont déjà vécu deux ou trois de ces phénomènes d’invasion opérant plusieurs fois à l’échelle d’une génération humaine. Les plus jeunes y sont également préparés, à travers les nombreuses histoires liées à la pêche et au récif que racontent les anciens.
Drôle de vision que de voir des étoiles apparaître sur le récif, progressivement. D’abord en voir une pointer son nez, timidement, telle la première étoile que l’on voit naître et peu à peu scintiller, au fur et à mesure que le jour décline en créant un gradient de lumière sur un ciel sans nuage. Bel astre des profondeurs avec des pattes qui se propagent dans diverses directions en partant d’un axe central et dans une symétrie pentaradiée, et orné d’épines qui pointent vers le haut, orientés vers la surface des océans et au-delà le ciel et ses astres nocturnes. Mais attention, l’apparition de cette étoile est annonciatrice d’une période de grands changements, un bouleversement qui va marquer pour un temps la fin du règne du corail.
© Marc Jouve-Villard |
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L’Acanthaster est un prédateur nocturne qui se cache le jour, et sort se nourrir sur les coraux à la tombée de la nuit. Le dos de l’Acanthaster est jonché d’épines venimeuses, ce qui dans le langage courant lui vaut l’appellation de
coussin de belle-mère en français, ou encore de
couronne d’épines en anglais.
En effet, aussi sûre qu’une étoile n’apparaît jamais seule dans le ciel, cette étoile de mer apparaît par milliers, une horde d’étoiles miraculeusement apparues aux fins fonds des mers, telles issues d’une incroyable pluie d’étoiles. Ces étoiles ne sont cependant pas là uniquement dans un but ornemental, et le dessein qu’elles réservent pour le récif va bien au-delà de n’importe quelle autre perturbation. La prédation exercée par ces étoiles de mer en période de prolifération est intense, n’épargnant aucun survivant parmi leurs proies que constituent les coraux.
La prolifération d’Acanthaster est à ce jour la plus impressionnante type de perturbation que l’on peut observer sur les récifs coralliens. Cette étoile de mer est rencontrée sur la plupart des récifs de la planète, excepté dans la mer des Caraïbes, mais c’est dans l’océan Indien et dans le Pacifique qu’elle fait le plus de dégâts à l’issue de ces proliférations démesurées. Après le passage de ce prédateur, les squelettes mis à nu des colonies dévorées jonchent le récif d’un blanc maculé. Avec le temps, ce squelette va ensuite être peu à peu colonisée par les algues et autres organismes pour donner une coloration gris foncé.
© Marc Jouve-Villard | © Marc Jouve-Villard |
Une fois le travail accompli, ces étoiles s’éteignent aussi brusquement qu’elles sont apparues. Aucune colonie n’est épargnée au passage de cette horde sauvage qui décime en quelques mois toute la population de corail. Ces persécuteurs sans pitié jouent cependant un rôle fondamental au sein de la communauté récifale, puisqu’en tuant les coraux à chaque prolifération, ils déciment les espèces les plus fortes qui s’accaparent tout l’espace sur le récif, et mettent tout le monde à pied égal en appliquant le principe d’équité des chances dans la distribution des propriétés sur le sol récifal. Ces étoiles, avec une certaine cyclicité, viennent remettre de l’ordre pour favoriser la diversité des habitants des récifs.
La mortalité totale des coraux après le passage des Acanthasters résulte en un paysage monochromatique d’un gris glacial sur des récifs autrefois flamboyants et colorés. Jusqu’alors on ne connaît pas la contribution exacte de l’homme dans l’occurrence de ces proliférations. Les études sont actuellement en cours dans diverses régions, notamment sur les récifs de la Polynésie française qui connaissent ce type de perturbation depuis 2006. A noter que la prédation par l’Acanthaster n’altère en rien le squelette du corail, squelette calcaire qui va être entièrement intégré au sol récifal et servir d’emplacement pour le développement de nouvelles colonies. En théorie, cette mortalité en masse, pour peu qu’elle ne soit pas combinée à d’autres types de perturbations, a tendance à dynamiser la recolonisation et le développement des coraux, et plus généralement à favoriser la diversité de toute la faune récifale qui y est associée.
En Polynésie française, la prolifération d’Acanthaster a touché la plupart des îles de l’archipel de la Société (Tahiti, Moorea, Bora Bora, etc.) et décimé le corail sur des milliers de kilomètres de récif. De surplus, certaines de ces îles ont subi de plein fouet le passage du cyclone Oli dans cette région en février 2010, et les récifs y sont aujourd’hui estimés être à la limite de leur capacité de régénération (voir sur nos
''Infos de la Planète''). Cette succession de perturbations multiples génère de grandes inquiétudes au sein de la communauté scientifique, qui en quelques décennies observe une augmentation de la fréquence et de l’intensité des ces perturbations dîtes naturelles sur des récifs coralliens que l’on croyait jusqu’alors isolés de l’impact néfaste de l’activité humaine. Le dérèglement climatique prédit pour les prochaines décennies dans le contexte des changements globaux annonce un scénario des plus catastrophique pour le devenir des récifs coralliens à l’échelle planétaire.