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Rédacteur : Joséphine Dabétékou

Source : Planète Urgence (France)

Date de publication : 09-08-2010

Bénin : Témoignage de Joséphine Dabétékou, directrice d'école maternelle

Je suis la directrice de l’école Maternelle de Zongo, à Boukoumbé, République du Bénin. J’ai reçu des volontaires en mission d'appui éducatif dans mon école. J’ai eu la chance de bénéficier de cette mission!

Je dis la chance parce qu’effectivement leur arrivée nous a donné un ouf de soulagement. Sur le plan du travail, quand les volontaires viennent, la manière dont ils s'adaptent aux enfants, le courage, l’engouement qu’on leur voit à ce travail me permet de dire que les enfants découvrent un autre monde… leur arrivée donne une certaine vivacité, certains reviennent à l’école ne serait-ce que pour être en contact avec l’être qui a une autre couleur qu'eux. Ils s’expriment et s’extériorisent plus, aiment plus cette école maternelle. Voila pourquoi je parle d’un ouf de soulagement!

On a donc appris, on a échangé et je crois que les volontaires aussi ne peuvent pas dire qu’ils n’ont pas appris de nous. On a accueilli des missions qui nous ont amené à découvrir la vidéo, ils nous ont passé des cassettes d’enfants... les enfants étaient émerveillés surtout par un film où l'on parlait du collier d’amitié… Je n’oublierai jamais ça…

Voila pourquoi je trouve qu’ils ont été merveilleux avec tous ces enfants, même sans être des enseignants. Vraiment, j’ai trouvé qu'il fallait avoir un cœur très humain, un cœur aimant pour venir faire ce travail. Ensuite, j’ai remarqué que nous avons échangé également par rapport à nos cultures. Un de nos enfants sortait la langue, juste pour s’amuser, et j’ai vu la volontaire rougir… elle a rougi sérieusement! A l’évaluation (puisque chaque soir nous essayions de voir ce qui avait marché ou non pour que nous améliorions le lendemain), elle m’a dit : vos enfants m’insultent en sortant la langue !, alors je lui ai expliqué que chez nous on n'insulte jamais en sortant la langue, que c’était une blague, qu'il n’y a pas de méchanceté là-dedans. Tout de suite elle a rit et c’est comme ça que nous avons échangé.

(…) J’étais sidérée d'entendre les enfants raconter ce qu’ils avaient lu avec les volontaires. Le déclic est parti du fait que la mission soit venue les encadrer et qu'ils aient pris goût à la lecture. Et parce qu’ils savent lire, ils sont intéressés à aller vers le livre.
A partir du livre, l’enfant est déjà dans l’univers : il se retrouve partout sans y être allé. Grâce à cette lecture d'écrivains aussi bien africains que français, que du monde entier, pourquoi ne réussiraient-ils pas ? Moi j’ai foi en eux.( …) Cela va permettre à tous les enfants d’être plus éveillés, d’aimer l’école et il y aura moins d’échecs.

Et surtout, nous œuvrons en ce moment pour que le genre soit pris en compte. Vous savez, chez nous au Bénin les filles n’allaient pas à l’école auparavant, mais aujourd’hui tous les partenaires au développement œuvrent pour ça,

Lucie Pendelièvre : En maternelle, ce n’est pas de la lecture et de l’écriture que ces enfants font mais plutôt de l’éveil. Quelle différence voyez-vous entre avant et après les missions des volontaires ?



Joséphine Dabétékou

: Il y a de nouvelles phrases qui sortent de leur bouche, il y a de nouvelles poésies qu’ils aiment bien et quand ils commencent à dire Ah c’est Francine, Ah c’est Lysiane, c’est elle qui nous a appris ça…ça montre comme ils s’attachent à certaines choses qu’on leur apporte.
Au niveau du coloriage, nous préparons l’enfant à l’écriture… nous voyons qu’ils le font avec beaucoup plus de zèle. Avant c’était difficile, ils attrapaient le crayon comme ça..., alors que si on lui donne assez de matériel pour manipuler, l’enfant s’en sort aisément et devient plus apte pour l’écriture qui se fera plus tard. Tout ce que nous faisons c’est les préparer à bien aborder cet apprentissage, les éveiller, les mettre ensemble pour les inviter à découvrir la sociabilité pour poursuivre leur cursus scolaire.

Ces volontaires viennent avec du matériel et on a beaucoup appris d’eux : des poésies, des contes, des comptines. Mais il ne faut pas dire que tout a été bon… il arrive des moments où l’accent… ils parlent mais… ça ne passe pas. Les trois premiers jours on assiste à ces enfants qui restent inactifs, qui ne répondent pas, pas parce qu’ils ne veulent pas mais qu'ils ne comprennent pas… Mais bon, deux ou trois jours plus tard, ça passe.
© Planète Urgence