Rédacteur : propos recueillis par Claire Lecouteux begin_of_the_skype_highlighting end_of_the_skype_highlighting
Source : Planète Urgence (France)
Date de publication : 10-08-2010
Le Congé Solidaire au Cameroun, ce sont actuellement 12 associations, 3 aires protégées, 5 ONG partenaires et environ 120 volontaires par an en missions de suivi écologique dans des Parcs, d’appui éducatif dans des écoles et orphelinats et de formation pour adultes dans des domaines divers et variés.
Peux-tu nous donner ton avis sur la réalité de l'action du Congé Solidaire sur place?
Au-delà des chiffres, le Congé Solidaire est un programme qui prend tout son sens dans le contexte camerounais, car c’est d’abord un mode d’action original, voire unique, qui permet de s’adresser directement à des acteurs, mais surtout à des besoins non ciblés par les ONG internationales ou autres grands bailleurs sur place. La société civile camerounaise est dite émergeante, elle est dynamique mais manque souvent de structuration et très nombreuses sont les organisations qui souffrent de difficultés de gestion interne ou de manque d’efficacité dans leurs activités ; elles sont alors très demandeuses de formations adaptées à leurs besoins propres, et que, souvent, elles ne peuvent trouver sur le marché local.
Quant à l’appui aux aires protégées, l’extrême richesse de la biodiversité du pays et la réalité de l’urgence de sa préservation, face au changement climatique et menaces anthropomorphiques, suffisent à en démontrer la pertinence.
Quels sont selon toi les points forts et les points faibles du Congé Solidaire au Cameroun?
Planète Urgence, en partie du fait de son histoire au Cameroun [le programme Congé Solidaire a été géré pendant 4 années par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature] a développé des partenariats avec des acteurs incontournables de la protection de l’environnement que sont les grandes ONG locales de préservation et recherche environnementales ou les services de conservation des aires protégées.
En outre, Planète Urgence est aujourd’hui un acteur ancré dans le paysage institutionnel, ayant obtenu du gouvernement camerounais l’autorisation d’exercer début 2010 (qui lui donne les mêmes droits que toute autre association camerounaise) et sur le point de signer un mémorandum d’entente avec le Ministère des Forêts et de la Faune.
Il est cependant essentiel de faire accéder le Congé Solidaire à d’autres secteurs et à des acteurs plus
modestes du développement ; c’est tout le sens de la démarche de diversification des partenariats qui a été entreprise depuis la mise en place de la délégation Planète Urgence au Cameroun.
Malheureusement, il nous est encore difficile de toucher avec le Congé Solidaire des organisations de l’Extrême-Nord – région pourtant encore exclue à bien des égards du développement du pays – pour cause de potentiels risques sécuritaires. Une fois bien évaluée ces risques dans la partie septentrionale du pays, si celle-ci est jugée
sûre, nous tâcherons alors d’y développer de nouvelles missions.
Suite à la mission d'évaluation avec Pierre Ramel (directeur des programmes) et Camille Aunis (coordinatrice de missions) et vos différents entretiens avec les partenaires, quel est selon toi l'impact du Congé Solidaire?
Evaluer l’impact du Congé Solidaire nécessite d’avoir une connaissance et une compréhension fines des partenaires, de leur fonctionnement, de leurs difficultés ; c’est le sens des visites que nous avons effectuées avec Pierre et Camille et du contact régulier que nous entretenons avec chacun d’entre eux.
Les impacts sont bien évidemment spécifiques à chacune des missions et à chacun des partenaires. Pour le Parc de la Bénoué par exemple, nous avons pu observer que les missions d’écovolontariat représentaient un appui indispensable sans lequel le service de la conservation ne pourrait tout simplement pas réaliser sa mission de suivi des espèces. Sans les volontaires de Planète Urgence, il n’y aurait pas – faute de moyens humains et financiers – d’inventaires réguliers des animaux permettant leur préservation. A titre indicatif, seuls 7 inventaires ont été réalisés depuis la création du Parc en 1968, dont deux grâce à l’intervention de Planète Urgence en 2008/2009 et 2009/2010.
Pour les missions de formation pour adultes en général, les impacts observés se situent davantage au niveau de la gestion des activités : les connaissances acquises permettent à ces associations de mettre en exécution leurs idées, souvent pertinentes, avec moins
d’improvisation. Pour citer quelques exemples concrets, nous pouvons rappeler le cas du GIC AGROTOUR - association faisant la promotion de l’agrotourisme - qui suite à une formation en montage de projets a pu soutenir avec plus de consistance ses familles membres dans la mise en place de nouvelles activités génératrices de revenus, telles que l’élevage de poules pondeuses ou encore la production de tomates*. Dans un tout autre contexte, la venue d’un volontaire a permis au CIPRé – importante ONG camerounaise de récupération des déchets – de se doter d’une base de données sur la collecte des déchets plastiques et ainsi de quantifier et rationaliser cette activité**.
L’idée est donc de contribuer à rendre ces structures plus professionnelles et de ce fait, plus solides.
Je crois qu’il est aussi important de mentionner un impact pour lequel nous n’avons ni indicateur, ni critères de suivi si ce n’est la perception et les commentaires de nos partenaires locaux : les missions de Planète Urgence véhiculent un nouveau rapport à la solidarité internationale, non seulement pour les volontaires, mais aussi pour les structures dites
bénéficiaires. En effet, dans un pays où le rapport à l’Occident est extrêmement complexe, où les relations entre acteurs locaux et partenaires internationaux du développement sont souvent teintées de méfiance réciproque, la venue de volontaires experts dans leur secteur mais en grande demande d’informations sur tous les autres domaines rétablit une relation simple et saine de partage d’expériences.
*Mise en place en 2009 d’un élevage de 250 poules pondeuses dans une famille de Daoula – Ndogbong, passé aujourd’hui à 350 poules ; création d’une exploitation de tomates de 2ha début 2009 dans une famille de l’Ouest du Cameroun, passée aujourd’hui à 4ha.
**La base de données permet de disposer de toutes les informations sur la collecte avec l’historique. Depuis la création du CIPRE en 1996 et jusque début 2010, 68,8 millions de FCFA ont été versés aux populations en échange des déchets remis. Cela représente 1036 tonnes collectées dont 783,4 ont été reversées aux industries afin que les déchets soient transformés.
Peux-tu nous en dire un peu plus sur les partenariats émergents (l'aide aux minorités, les projets art et culture...), quelle est leur singularité, leur importance ?
Nous avons entamé il y a quelques semaines une démarche de recherche active de partenaires potentiels à la fois dans le domaine des arts et de la culture, et dans celui de l’aide aux minorités, car nous nous sommes aperçus qu’ils n’étaient pas du tout présents dans notre action ici. Il faut préciser qu’il s’agit généralement au Cameroun d’acteurs beaucoup moins visibles – et moins représentés – dans le grand secteur du développement que les acteurs travaillant directement sur des projets de réduction de la pauvreté ou de protection de l’environnement.
Du côté de la culture par exemple, mis à part quelques grands centres culturels (comme le centre français et le centre allemand offrant une programmation avec mise en valeur des artistes camerounais) et les alliances franco-camerounaises, il y a peu de structures associatives qui se démarquent – elles bénéficient de très peu de soutien. Nous avons cependant déjà établi des contacts avec différentes alliances et un centre culturel d’un quartier défavorisé de Yaoundé qui, je l’espère, aboutiront prochainement à de nouveaux partenariats.
Pour ce qui est des minorités, si nous prenons le cas des handicapés, on mesure toute l’importance de cet appui en observant la marginalisation de ces personnes et la non-réponse de l’Etat aux difficultés qui sont les leurs. Mais là aussi, les organisations de la société civile qui se sont créées pour intervenir sur ce terrain souffrent d’abord du manque de financements et leur priorité est donc de trouver des fonds pour mettre en œuvre leurs actions. Nous avons d’ailleurs monté dernièrement un partenariat avec une association de soutien aux sourds (Association Bouches des Sourds d'Afrique) afin de former les membres, dans un premier temps, au montage de projets.
Notre plus grand défi, finalement, est de faire accéder toutes ces petites associations, ces organisations en marge des canaux traditionnels de l’aide internationale, à l’information sur Planète Urgence, afin qu’elles puissent elles-mêmes nous contacter et nous faire remonter leurs besoins de formation ; via les divers et nombreux contacts institutionnels, la participation à des événements locaux et nationaux (conférences, forums, ateliers…), l’échange d’informations entre nos partenaires, etc. , c’est une entreprise qui se concrétise de jour en jour.
Quelles sont les pistes d'avenir pour le Congé Solidaire au Cameroun?
Pour toutes les raisons que je viens d’évoquer, et notamment parce que Planète Urgence est une institution de plus en plus connue et reconnue des acteurs du développement, il est fort probable que le Congé Solidaire fasse l’objet d’une demande croissante au Cameroun.
Un secteur porteur pour ce mode d’intervention est celui de l’écotourisme et du tourisme solidaire, car tout à fait émergeant. En effet, quelques associations et entrepreneurs commencent à réaliser le potentiel économique de cette activité dans un pays où le tourisme est encore marginal malgré ses richesses naturelles et culturelles, et sont en grande demande de formations professionnelles : communication, marketing, comptabilité, accueil des touristes, etc. C’est en outre un domaine qui attire particulièrement les volontaires.
Par ailleurs, nous avons commencé à nous intéresser aux projets de la coopération décentralisée, notamment parce que nous considérons que l’appui au processus de décentralisation dans le pays est un axe pertinent de l’aide au développement et que cet appui est d’autant plus judicieux quand il s’agit de transferts de compétences qui font souvent défaut au niveau local de l’appareil d’Etat. Cependant, cette piste d’avenir pour le Congé Solidaire est encore en chantier car elle demande de reconsidérer notre rapport classique
Partenaire local/ Planète Urgence/ Entreprise et volontaire et de visualiser une nouvelle relation incluant la collectivité locale française et/ou camerounaise.