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Rédacteur : Philippe Petit, Délégué National de Planète Urgence en Haiti

Source : Planète Urgence (France)

Date de publication : 16-01-2012

Haïti : les fondations d’une reconstruction

Quand la terre a cessé de trembler, en cette fin d’après midi du 12 janvier 2010, après une secousse puissante et interminable, un nuage de poussière a obscurci le ciel d’Haïti. La lumière a disparu.

Les rues, les places, les maisons se sont retrouvées plongées dans la nuit.


La vie a pris, pour longtemps, la couleur grise du béton fracassé.


Hébétés, choqués, détruits, les survivants n’ont pas immédiatement compris l’ampleur du désastre. Tous ont eu des proches morts, blessés ou disparus. Il y avait un deuil à vivre : 220.000 personnes décédées, 300.000 blessés, un million et demi de déplacés dans des camps d’accueil provisoires, un pays profondément meurtri.


Rarement dans l’histoire récente une catastrophe aura eu d’aussi lourdes conséquences sur un peuple, une nation et ses infrastructures.


Port-au-Prince, cœur actif, capitale d’un pays outrageusement centralisé, regroupant les lieux de décision, les administrations, les universités, était en partie détruite. S’ouvrait alors une période de pagaille indescriptible dans le fonctionnement du pays.


Le monde entier s’est ému et s’est mobilisé.


Dès les premières heures, des sauveteurs, des secouristes, des urgentistes ont soulagé la détresse, soigné les blessés, distribué de l’eau et des soins. Des pompiers, des militaires, des professionnels des désastres ont sauvé ce qu’ils ont pu. Avec courage et détermination au milieu du chaos des quartiers disloqués.


Mais très vite, des annonceurs d’espoir, des prophètes d’après-coup, des hordes d’évangélistes en t-shirt logotés, des aventuriers de l’urgence ont aussi encombré les hangars de l’aéroport détruit. « La République des ONG » était née, disaient alors certains haïtiens...


Mais il fallait bien agir.


On évoquait sur place un déversement de milliards de dollars. Dix milliards étaient promis. L’ONU a chiffré à 3 milliards de dollars l’aide réellement versée en 2010, et précise, mi-2011 que 60% des fonds promis n’ont pas été décaissés.


La clarté n’est pas revenue tout de suite.


Les 4X4 des organisations mondiales ont soulevé pendant des mois la poussière des gravats dans les quartiers des villes détruites.


Il aura fallu du temps pour entendre parler de reconstruction. Du million et demi de déplacés dans des camps de fortune, les premiers jours, il en reste 500.000 aujourd’hui.


Les experts passaient, les logements en bâche plastique, en contreplaqué, en toile de tente se sont multipliés. Changeant l’aspect du paysage d’Haïti. Donnant aux quartiers et aux campagnes l’allure de camps de nomades. Les stades, les places, les terrains vagues, et même le golf de Pétionville : tout avait été envahi d’abris provisoires.


Et le pays restait dans la nuit.


Quelques logements décents ont été construits, comme les maisons à Lamontagne. Le choix de la durabilité, nous l’avions fait aux premiers jours, avec Planète Urgence et le groupe de paysans que je retrouve presque chaque jour au bout du chemin caillouteux. Des vraies maisons, pour des familles rurales.


Les élections contestées, des émeutes violentes, un gouvernement introuvable, des cyclones multiples, et le choléra sans doute importé par des sauveteurs venus d’ailleurs. Cette maladie inconnue dans le pays auparavant a officiellement tué près de 7.000 personnes, et touché 500.000 haïtiens.


Tout semblait rester au ralenti, au point mort.


Il aura fallu attendre la fin de l’année 2011, presque deux ans après le séisme, pour commencer à voir enfin les signes multiples de la reconstruction, qui s’engage, comme une renaissance, enfin. Depuis la mise en place d’un gouvernement officiel en octobre, les colloques, réunions, séminaires sur le développement et la reconstruction se multiplient.


On parle enfin de développement et d’avenir, même si l’urgence n’est pas complètement traitée. Des commerces s’ouvrent, des immeubles renaissent, des écoles, des églises, des bâtiments sont reconstruits. Un parc industriel est lancé. Le pays est en travaux. Il reste des chantiers à entamer, s’agissant notamment des locaux administratifs et des équipements publics : mairies, universités, hôpitaux, réseaux d’eau potable ou d’assainissement, tout ce qui a été touché ou détruit.


La tendance est aujourd’hui à l’investissement. Un forum international vient de réunir 1000 investisseurs venus de 27 pays à Port au Prince. Du jamais vu ! La vie a repris. Le monde de l’économie active se presse.


Au quotidien, cette marche vers la reconstruction se voit et s’entend. Des cargaisons de ciment débarquent des bateaux ou des camions de façon régulière. Les ateliers d’artisans, ferronniers, soudeurs, fabricants de parpaings tournent même la nuit. Les échafaudages se dressent devant des immeubles, les matériaux encombrent les rues. On déploie la fibre optique dans tout le pays, même à Lamontagne.


A Jacmel, où Planète Urgence intervient, une boulangerie, une boucherie, une pizzeria, un restaurant viennent d’ouvrir leurs portes. Ce sont les signes d’une vie qui reprend, dans toutes ses dimensions. A Lamontagne, une à une, les familles prennent possession de leur nouveau logement. Leur remettre les clés est pour moi un bonheur permanent.


Aujourd’hui les ONG d’urgence ont pour beaucoup fermé leurs programmes. Restent essentiellement en action les acteurs locaux et les programmes de développement, qu’il conviendrait de multiplier, surtout dans les zones rurales où le potentiel de travail et de développement reste énorme. Haïti reste avant tout un pays essentiellement agricole.


Pour tous les acteurs impliqués, l’activité, l’emploi, la formation sont des axes impératifs. La dynamisation des zones rurales est une priorité, en renforçant l’autonomie des populations et la valorisation de leur environnement.


Haïti joue son avenir aujourd’hui. De manière active, impétueuse, un peu désordonnée.


Mais surtout, avec un étonnant enthousiasme et une volonté farouche qu’il convient de soutenir sans relâche.

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