Témoignage de volontaire : « La solidarité internationale ? C'est le réveil des valeurs humaines »

Ingénieure chez EDF, Christine.L est partie en mission d’alphabétisation de jeunes enfants défavorisés à Majunga à Madagascar. Elle nous fait part de son expérience de Congé Solidaire®, de ses appréhensions, de son quotidien sur place et de ses ressentis après la mission.

Planète Urgence (P.U.) : Pouvez-vous me donner une définition du Congé Solidaire® en quelques mots ?

Christine L. (C.L.) : Bonifier son temps libre par un apport à des personnes dans le besoin. 

P.U. : Comment avez-vous connu le Congé Solidaire® ? Pourquoi vous êtes-vous engagée ?

C.L. : J’ai connu le Congé Solidaire® par l’intermédiaire de mon entreprise EDF. J’ai assisté à une conférence de la Fondation EDF au cours de laquelle Muriel Roy, Directrice des partenariats de Planète Urgence, a effectué une présentation des actions de l'association. 

Je me suis renseignée pour m’engager et  faire du bénévolat de compétences. J’ai du temps libre et surtout envie de donner du sens à ce temps là. Initialement, je souhaitais m’engager pour 2 missions consécutives.

P.U. : Sur quelle mission êtes-vous partie ? Quel en était le projet global  et le vôtre plus spécifiquement ?

C.L. : Je suis partie en mission d’alphabétisation d’enfants entre 12 et 16 ans, en milieu défavorisé dans un centre d'éducation alternatif à Majunga à Madagascar. Les modifications de la mission par rapport au choix initial, ont entrainé une période de doutes et d’appréhensions, je ne m’attendais pas à cette tranche d’âge et n’ayant pas de formation particulière dans ce domaine, je ne me sentais pas à l’aise. L’écoute et le soutien des équipes de Planète Urgence m’ont rassurée sur l’objet de la mission : il s’agissait de venir en appui à une éducatrice pour permettre aux jeunes de progresser en français.

L’étude du français doit permettre à ces enfants de poursuivre leurs études et leur permettre d’accéder éventuellement à des postes dans l’administration. J’ai été particulièrement sensible aux marques de respect et à la grande discipline dont ces jeunes ont fait preuve.

J’ai donc travaillé autour du livre, notamment pour apprendre du vocabulaire spécifique propre à différentes thématiques : la rentrée scolaire, la plage,  les voitures (sujet qui a particulièrement plu aux garçons de la classe !) et aussi la sensibilisation autour des bons gestes pour la planète. Le niveau « scolaire » des enfants n’est pas homogène, pour permettre une participation de chacun il faut adapter les sujets. L’exposé que j’avais choisi sur les différentes émotions a permis une animation théâtrale.

P.U. : Comment avez-vous préparé en amont votre mission ? Quelle était votre « journée type » sur le terrain ?

C.L. : Avant de partir, j’ai sillonné les rayons de bibliothèques afin de récolter les supports les plus pertinents. J’ai apporté des contes pour enfants, et des livres. J’ai effectué des impressions en couleurs pour le nombre d’enfants présents, qui ont ensuite pu travailler dessus. 

J’ai été agréablement surprise de la participation des élèves !
Le matin, nous travaillions autour des thématiques des différents livres que j’avais apporté, et l’après-midi se déroulait en présence de tous les autres enfants du centre. L’occasion de se retrouver autour d’activités ludiques : chants, sudoku, danse…

P.U. : Que pensez-vous avoir apporté au sein de votre mission ?

C.L. : Il est difficile d’y répondre, mais je pense qu’en deux semaines ils ont entendu parler français sur des sujets qu’ils n’auraient pas forcément abordés dans le cadre scolaire. Cela a eu l’air de beaucoup leur plaire et leur ouvrir l’esprit. 

Le point sur la sensibilisation des déchets de la planète et les bons gestes à adopter a aussi été très apprécié. Le bilan est difficile à voir, mais au terme de la mission, j’ai reçu de nombreux dessins avec des mots en français appris lors de ma mission. J’ai été très touchée.  

P.U. : Avez-vous une anecdote concernant votre mission ? un « moment fort » ? une rencontre qui vous a marquée ?

C.L. : Un matin, une petite fille ne s’est pas présentée en classe. Le lendemain, lorsqu’elle est arrivée, nous sommes venues l’interroger avec l’institutrice pour savoir pourquoi elle avait été absente la veille. Elle nous a dit qu’elle avait demandé à sa maman de lui acheter un crayon à papier pour l’école. Sa maman n’a pas pu l’acheter tout de suite, c’était trop cher. Alors, elle a décidé de ne pas venir en classe, pour montrer son mécontentement. 

Avec l’institutrice, nous lui avons expliqué que si sa maman ne pouvait pas lui acheter pour le moment, elle le ferait peut être plus tard. L’importance d’aller en classe devait être supérieure à son envie de crayon. On lui a également dit qu’en agissant comme ça, elle avait punit trois personnes : elle-même en perdant une journée de classe et la possibilité de s’améliorer en français, et l’institutrice et la volontaire, qui n’avaient pas pu la voir et lui enseigner le français. Elle a vite compris l’intérêt de venir et s’est excusée. 

Enfin, la deuxième chose qui m’a marquée est l’incroyable solidarité et l'entraide qu’il y avait dans cette classe. Entre élèves, ils se reprenaient et s’aidaient mutuellement dès que l’un deux avait du mal ou faisait une erreur

P.U. : Pouvez-vous me donner votre définition de la solidarité internationale ?

C.L. : C'est le réveil des valeurs humaines !  

Pour moi, la solidarité se manifeste par des choses simples. Je me rappelle que lorsque je suis entrée dans la classe le premier jour,  j’avais beaucoup d’appréhension et je ne savais pas comment ça allait se passer. Lorsque j’ai croisé le regard des élèves,  j’ai vu qu’ils étaient encore plus sous l’émotion que moi. Je leur ai fait un sourire, et ils me l’ont rendu au centuple.

P.U. : Enfin, que diriez-vous à vos collègues EDF si vous deviez les convaincre de partir ?

C.L. : N’ayez pas peur ! C’est une expérience très enrichissante humainement. Planète Urgence s’occupe de tout sur place : pour moi c’est très important, nous ne sommes pas perdus dans les démarches : l'hébergement, les moyens de locomotion etc.   

Le Congé Solidaire® c’est donner et partager un peu de son temps et ses connaissances en s’inscrivant dans une chaîne en toute humilité et c’est aussi recevoir beaucoup.

 

Rédacteur : Agathe Boulanger

Source : Planète Urgence (France)

Date de publication : 26/06/2017