La Holsum Diaries de Kenn Buelow © Wisconsin DNR |
Treize vaches produisent l'électricité nécessaire pour une maison [Fr]
Éric Moreault
Le Soleil (Canada)
Le 21-09-2006 (Publié sur internet le 23-09-2006)
772 mots
Les 4.000 vaches de Kenn Buelow ne donnent pas que du lait, elles produisent aussi une énorme quantité de fumier. Mais toute cette bouse de vache n'est plus un problème depuis qu'elle produit assez d'électricité pour 300 maisons, tout en générant un intéressant revenu d'appoint.
Les installations de la Holsum Dairies, au Wisconsin, sont impressionnantes. Bien sûr, dans deux bâtiments grands comme des hangars d'avions, il y a des vaches à perte de vue. Non, celles-ci ne montent pas sur des tapis roulants pour produire de l'électricité. Elles produisent naturellement l'ultime source d'énergie renouvelable : le méthane.
Le méthane, principale constituante du gaz naturel, est extrait d'une cette biomasse renouvelable, gratuite et disponible en grandes quantités en tout temps : le fumier. Chaque vache en produit quatre fois son poids, environ trois tonnes par année.
Comment ça marche? Le fumier descend, par gravité, vers un énorme réservoir enfoui dans le sol - le digesteur. La température y est maintenue à environ 38 degrés Celsius. Pendant 20 jours, les bactéries digèrent les composantes volatiles et génèrent le biogaz, tout en éliminant la moitié du phosphore et les agents pathogènes qui peuvent contaminer l'eau.
Le biogaz alimente, en brûlant, un générateur qui produit de l'électricité. Celui-ci est raccordé aux lignes de transport de la compagnie locale. En d'autres endroits, le biogaz est purifié et envoyé par pipeline dans un réseau de gaz naturel.
Les fermiers comme Kenn Buelow réalisent peu à peu les profits qu'ils peuvent tirer de ce que nos voisins du Sud appelent la cow power - que nous pouvons librement traduire par «kiloVaches-heure». La Holsum produit près de sept millions de «kiloVaches-heure» par année, avec un profit d'environ un quart de millions de dollars. Et s'attend à récolter des revenus supplémentaires en vendant à la Bourse de Chicago des crédits carbone pour la réduction de gaz à effet de serre (GES).
Le digesteur coûte plus d'un million $, mais il se rentabilise généralement en cinq ans. Surtout que plusieurs États subventionnent son acquisition, parfois jusqu'à 40% du coût, comme au Vermont.
La beauté de la chose, c'est qu'il n'y a pas que le fermier qui y trouve son compte. Notre planète aussi. Cette méthode permet en effet l'élimination directe d'une source non négligeable d'émissions de GES. Le méthane est 20 fois plus dommageable que le gaz carbonique (CO2) en impact.
Autre avantage, le digesteur élimine jusqu'à ''95%'' des odeurs. En effet. Malgré la taille industrielle des lieux et la chaleur de juillet, on «respire».
Seul inconvénient, il faut un nombre important de bêtes pour rentabiliser l'opération. Mille vaches ou 2000 cochons semblent un minimum pour l'instant. Toutefois, un propriétaire d'une ferme de 200 vaches, au Vermont, a trouvé une façon d'y arriver en ajoutant dans le digesteur tout l'excédent de ses récoltes.
Aide à la communauté
Kenn Buelow, lui, a découvert un moyen d'aider sa communauté et d'augmenter la production d'électricité. Il permet à la municipalité de venir déverser par camions ses excédents d'égouts, lors de pluies abondantes qui causent des débordements, ce qui évite la construction supplémentaire de coûteux bassins de rétention. Ce à quoi s'employait d'ailleurs un travailleurs municipal lors de notre passage.
De là à penser que le fumier des animaux de la ferme va se substituer aux autres moyens de production d'énergie, il y a un pas qu'il ne faut pas franchir. La production reste marginale - le Vermont, par exemple, vise 4% du total à moyen terme. Mais dans un contexte où le prix du pétrole et du gaz explose et qu'on commence à voir la fin des réserves mondiales sur un horizon d'une cinquantaine d'années...
Comme le disent plusieurs scientifiques, la solution à notre dépendance aux énergies fossiles et à la réduction des GES passe par la diversification des procédés de production.
Le potentiel est là. Aux États-Unis, on évalue que les digesteurs en opération en ce moment empêchent les émissions de 66.000 tonnes de méthane dans l'atmosphère, tout en fournissant de l'électricité pour 20.000 domiciles. Mais à plus long terme, les quelque 70.000 fermes laitières et porcines pourraient produire assez d'énergie pour 560.000 maisons et couper 1,4 million de tonnes de méthane.
Reste que dans le cas précis des vaches, les fermiers aimeraient certainement pouvoir récupérer aussi leurs éructations : les rots représentent 85% des émissions de méthane.