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Eolienne V80 de 1.8 MW aux USA
© Vestas
Il faut une mobilisation générale pour sauver l’environnement et notre civilisation [Fr]

Lester R. Brown
Earth Policy Institute (Etats-Unis)

Le 13-07-2006 (Publié sur internet le 13-07-2006)
1526 mots


Depuis la première Journée de la Terre, il y a 36 ans de cela, nous avons gagné bien des batailles mais nous sommes en train de perdre la guerre

[Traduit de l'anglais par Julie Bartoli pour Planète Urgence]

Notre civilisation en ce début de XXIème siècle est engagée sur une voie économique qui détruit et perturbe les systèmes naturels dont elle dépend. Nous consommons les ressources renouvelables plus vite qu’elles ne se régénèrent. Les forêts reculent, les prairies se détériorent, les sols s’érodent, les nappes phréatiques baissent, et les pêcheries s’effondrent.

Nous utilisons le pétrole à un rythme tel que nous avons à peine le temps de faire des projets au-delà du pic pétrolier. Nous envoyons dans l’atmosphère des gaz à effet de serre si rapidement que la nature ne peut pas les absorber. Par conséquent, la température de la planète augmente, la banquise fond, et les mers montent.

Notre civilisation du XXIème siècle n’est pas la première à évoluer selon un modèle économique qui ne peut être soutenu par l’environnement. De nombreuses civilisations avant la notre se sont retrouvées face à des difficultés environnementales. Comme le fait remarquer Jared Diamond dans Collapse : How Societies Choose to Fail or Succeed [L’effondrement : comment les sociétés choisissent l’échec ou la réussite], certaines d’entre elles ont su évoluer pour éviter le déclin économique. D’autres n’y sont pas parvenu. Nous étudions les sites archéologiques des Sumériens, des Mayas, des habitants de l’Ile de Pâques, et d’autres civilisations anciennes qui n’ont pas réussi à réaliser à temps les ajustements nécessaires.

Notre futur dépend également de notre capacité à changer le cours des choses. Nous devons passer du plan A, c’est-à-dire continuer les affaires comme nous le faisons actuellement, au plan B, qui suppose une restructuration de l’économie mondiale. Le développement durable dépend du passage d’une économie basée sur le pétrole et sur l’utilisation de l’automobile et des produits jetables à une économie basée sur les énergies renouvelables, sur la réutilisation et le recyclage et sur une offre variée de transports.

La bonne nouvelle, c’est que nous disposons des technologies nécessaires pour construire cette nouvelle économie. Les fermes éoliennes en Europe Occidentale, les toitures solaires au Japon, les véhicules hybrides en pleine expansion aux Etats-Unis, les collines reboisées en Corée du Sud et la politique en faveur des bicyclettes à Amsterdam offrent des aperçus de l’économie du plan B.

La mauvaise nouvelle, c’est que nous n’avons pas beaucoup de temps. Lorsque l’on considère la rapidité et l’ampleur de la restructuration nécessaire, il est tout à la fois instructif et encourageant d’observer la restructuration qu’ont connu les États-Unis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les États-Unis ont d’abord refusé de s’engager dans la guerre et ils ne l’ont fait qu’après avoir été directement attaqués à Pearl Harbor le 7 décembre 1941. Mais leur engagement a été total et c’est ce qui a permis de retourner la situation, menant les forces alliées à la victoire en trois ans et demi.

Dans son State of the Union address [discours sur l’état de l’Union] du 6 janvier 1942, un mois après le bombardement de Pearl Harbor, le président Roosevelt annonçait les objectifs du pays en termes de productions d’armes. Les États-Unis, déclara-t-il, devraient produire 45.000 tanks, 60.000 avions, 20.000 canons anti-aériens, et une capacité de 6 millions de tonnes de transport naval de marchandises.

Personne n’avait jamais vu un chiffre de production d’armement aussi énorme. Mais Roosevelt et ses collègues avaient réalisé que la plus grande concentration de la puissance industrielle mondiale se trouvait à ce moment-là dans l’industrie automobile américaine. Même pendant la Grande Dépression, les États-Unis produisaient 3 millions de voitures par an. Après ce discours, Roosevelt rencontra les dirigeants de l’industrie automobile et leur dit que le pays compterait largement sur eux afin d’atteindre ces objectifs de production d’armes. Ils voulurent tout d’abord continuer à fabriquer des voitures et juste y ajouter la production d’armements. Ils ne savaient pas encore que la vente de voitures particulières allaient être interdites. Du début du mois d’avril 1942 jusqu’à la fin de 1944, c’est-à-dire durant près de trois ans, pratiquement aucune voiture n’a été fabriquée aux États-Unis.

En plus de l’interdiction de produire et de vendre des voitures aux particuliers, les constructions d’habitations et d’autoroutes furent arrêtées et la pratique de la conduite de loisir interdite. Un programme de rationnement fut aussi introduit. Les biens stratégiques tels que les pneus, l’essence, le mazout et le sucre, furent soumis au rationnement à partir de 1942. Réduire la consommation de ces biens permit de libérer les ressources matérielles pour soutenir l’effort de guerre.

C’est en 1942 que le pays a connu la plus grande expansion de production industrielle de son histoire—production uniquement destinée à une utilisation militaire. Les besoins en avions de guerre étaient énormes. Il fallait construire non seulement des avions de chasse, des bombardiers et des avions de reconnaissance, mais aussi des appareils pour le transport des troupes et le ravitaillement nécessaire pour mener une guerre sur deux fronts lointains. De début 1942 jusqu’en 1944, les États-Unis ont largement dépassé l’objectif initial de 60 000 avions, en produisant 229 600 appareils, une flotte si vaste qu’il est difficile de la visualiser, même aujourd’hui. Fait tout aussi impressionnant, à la fin de la guerre, la Marine marchande américaine comptait 5 000 navires en plus des 1 000 dont elle disposait en 1939.

Dans son livre No Ordinary Time [Une époque peu ordinaire], Doris Kearns Goodwin décrit comment différentes entreprises se sont converties à la production de guerre. Une usine de fusibles fut l’une des premières à se convertir à la fabrication de fusils-mitrailleurs. Par la suite, un fabricant de réchauds produisit des canots de sauvetage, une fabrique de manèges des trépieds d’artillerie, une entreprise de jouets des compas, un fabricant de corsets des ceintures à grenades et une usine de flippers des obus perforants.

Rétrospectivement, la vitesse de cette conversion d’une économie de paix à une économie de guerre paraît étonnante. L’exploitation de la puissance industrielle américaine a fait basculer la balance en faveur des forces alliées et a retourné l’issue de la guerre. L’Allemagne et le Japon, déjà au maximum de leurs capacités, n’ont pas pu contrer cet effort. Winston Churchill a souvent cité son ministre des Affaires étrangères, Sir Edward Grey: Les États-Unis sont comme une chaudière géante. Une fois que le feu est allumé, il n’y a pas de limite à l’énergie qu’elle peut générer.

Cette mobilisation des ressources en quelques mois prouve qu’un pays, et finalement le monde, peut restructurer son économie rapidement s’il est convaincu de la nécessité de le faire. Dans cette mobilisation, le temps est la ressource la plus rare. Dans le cas du changement climatique, par exemple, nous approchons à grands pas du point de non-retour. Nous serions tentés de revenir à zéro mais nous ne le pouvons malheureusement pas. La nature est le chronomètre.

La question à laquelle les gouvernements doivent répondre est de savoir s’ils peuvent réagir assez rapidement pour éviter que les menaces ne se transforment en catastrophes. Le monde a très peu d’expérience en ce qui concerne la démarche à adopter face à la baisse des aquifères, la hausse des températures, l’expansion des déserts, la fonte des glaces polaires et les réserves de pétrole qui vont en s’amenuisant. Ces évolutions mettent à totalement l’épreuve les compétences de nos institutions et de nos dirigeants politiques. En période de crise, les sociétés sont parfois dirigées par un Néron, parfois par un Churchill.

Tout comme le temps, la capacité à diriger est une ressource rare. L’Histoire juge les dirigeants politiques par la façon dont ils font face ou non aux grands enjeux de leur époque. Pour les dirigeants actuels, l’enjeu est de trouver comment aiguiller l’économie mondiale sur une voie plus sûre pour l’environnement. Nous avons besoin d’un leader politique national, un Churchill défenseur de l’environnement, capable de rallier le monde autour de cet effort.

Note:

Adapté des chapitres 1 et 13 de Plan B 2.0: Rescuing a Planet Under Stress and a Civilization in Trouble (New York: W.W. Norton & Company, 2006), de Lester R. Brown, à télécharger gratuitement ou à acheter sur www.earthpolicy.org/Books/PB2/index.htm.
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